"La nostalgie est une partition sourde, une mélodie des élans du coeur."   

Stéphane Théri        

Lettre à Sandy & Philippe

A l’orée d’un nouveau jour, fixés sur la route, mes yeux croisent, au point 90,4 sans doute,dans une douce farandole, des fils, des bribes de temps de vie sans que je puisse en prendre le contrôle. Un sentiment de bien-être m’envahit. Je regarde alors avec vous et de toutes mes oreilles, le son du souvenir d’hier, dans le rétroviseur sonore de mes années passées.

 

De notes de musique en notes de coeur j’engage, par la magie des ondes et de concert avec vous, un voyage en deux dimensions. Les foules sentimentales de Souchon me ramènent à une journée de démission et je mesure combien la chanson était trop belle pour qu’à l’époque je poursuive, un jour de plus, un job aux allures de piège. Je prends alors au détour d’un refrain la pleine mesure de ce qu’était ma soif d’idéal, ce qu’elle m’a coûté et seul, sur la route, je sais combien elle le restera encore.

 

Les kilomètres se dissipent et les ronds points croisés se mêlent à mes carrefours de vie. Si Arnold Turboust trouvait belle Adélaïde, sa chanson me renvoie à mes amours de l’époque. Combien de notes, au gré d’une chanson jadis fredonnée deviennent pour un court instant, autant d’échos à des émotions enfouies mais toujours aussi vivantes. Ma vie défile au son canon d’un instant perdu, sublimé par la beauté d’une émotion vécue à laquelle se mêle la voix d’un artiste d’hier.

 

Je ne suis pas né aux Etats-Unis mais comme Bruce, je suis le boss de ma vie.  Le ressenti d’hier me fait de nouveau frissonner. Nostalgie, tu te glisses sous ma peau et par un air anodin, tu contrôles avec délicatesse tous ses pores. Oui, je t’ai dans la peau.

 

Ma route n’est soudainement plus ponctuée que de partitions sur lesquelles je laisse le la  de mes souvenirs, jalonner ces instants de répit qui sont autant de bonnes raisons de penser qu’au delà du réel se trouve une autre route, celle du souvenir qu’avec vous, je vais traverser. Ces bornes ne suivent aucune chronologie. Chacune d’elles porte un nom d’artiste, le titre d’une chanson ou le refrain du tube d’un été sur lequel je pose aisément les prénoms de celles et ceux avec lesquelles j’ai partagé un fragment de vie.

 

Des paysages défilent et m’envoient à l’autre bout du Monde. Pourtant, j’arriverai  dans quelques minutes à bon port et, malgré ces détours à la portée lointaine, j’arriverai sans le moindre retard. Si le temps est parfois assassin, il m’offre là et chaque matin, des espaces incommensurables d’évasion dans lesquels les lois de la physique laissent la part belle  aux indicibles voies du coeur.

 

Ma portière s’ouvre sur la réalité de l’instant présent. Toutefois, je sais q’une nouvelle fois claquée, je n’aurai qu’une chose à faire, appuyer sur 90,4 pour flirter de nouveau avec cette 4ème dimension. Votre chaine me transportera jusqu’à la maison par des recoins de mon existence, par des échos d’hier sonnant comme les refrains mélancoliques et sentimentaux de ma vie. Nostalgie, je t’ai dans la peau, tout comme les  mille et un mots et les mille et une notes, dressant chaque matin le miroir dans lequel mon esprit retrace les larmes, les sourires et toutes les émotions de mon fil de vie.

 

Avec vous, j’aurai sans aucun doute et presque tous les jours, le coeur grenadine.

 

Merci !

 

Stéphane Théri