" L'amour, une fois qu'il a germé, donne des racines qui ne finissent plus de croître."

Antoine De Saint-Exupéry

Les éclats de mots de Jeanne

P a s s i o n   E m o t i o n   P a r t a g e

Il arrive que dans la vie des graines poussent alors qu'elles auraient dû s'éteindre depuis longtemps. L'envie de vivre d'une graine peut faire naitre des situations des plus éblouissantes et inattendues.

 

Un beau jour, alors qu'un paysan donnait des graines à manger à ses poules, notre petite graine en question aurait dû disparaitre dans le gosier bien apprêté de l'une d'elle. Mais alors que le bec picoreur se rapprochait dangereusement de la petite graine, un renard à l'appétit grognant s'attaqua à la gallinacée, pour pouvoir s'en repaitre à souhait. Piétinée, écrasée, balayée par le vent de plumes semé dans le sillage du renard, notre petite graine résista. Et malgré son triste état, elle survit à deux estomacs.

La graine qui croit... 

Le terrain déserté, la graine fut emportée dans un tourbillon de vent et de pluie qui se préparait à tout ravager. Secouée et recrachée, la graine poursuivit sa route sur le fil du vent, et trouva racine au sein d'un champ de blé. Uniforme, elle s'étendit, les racines en éventail dans les pores de la terre. Elle se sentait toute aise de profiter d'un repos en terre nouvelle.

 

De petite graine elle se garnit de feuilles, et devint bien vite une pousse robuste et bien entourée de ses amies les plantes à blé, qui la protégeaient des trop fortes chaleurs de l'été. De pousse, elle se transforma en plante, avec de petites graines au bout des tiges, telles de mains marionnettes balancées au vent. Légère, elle ne vit pas la moissonneuse couper l'herbe sous ses racines. Seules ses petites graines avaient pu échapper au désastre de la nature assiégée.

 

Les bébés de notre plante se dispersèrent dans le vaste monde. Parmi elles, un oiseau en prit une dans son bec, afin de donner le repas à ses petits.

Le nid de cet oiseau tenait en équilibre dans les branches d'un cerisier, en guise de coupe entre deux ormes dans le jardin des humains.

Alors que la graine allait servir de déjeuner à de jeunes oisillons nouveau-nés, le chat qui passait par là eut la bonne idée d'effrayer la maman oiseau, qui laissa tomber la graine.

 

Celle-ci rebondit au beau milieu d'un potager , bercée par les effluves de fleurs et de terre fraichement mouillée.

 

Désormais libre de s'enraciner, la petite graine put croitre entre les tomates et le cerisier qui avait recueilli  le nid désormais déserté.

Petite graine devint à son tour une plante portant de nouvelles semences.

Dorées au soleil, les graines allaient pouvoir être ramassées et dégustées en salade pour leur gout raffiné.

Les humains eurent même l'idée de les égrener, sur un petit pain mou qui servait de bouche à de la viande et des tomates, pour plat principal à dévorer.

L'une des graines de notre plante fut ainsi saupoudrer sur le pain, alors qu'un des hommes de la maisonnée se rendait en ville avec son déjeuner. Sur sa petite faim, il laissa retomber le pain mou dans la poubelle, à coté d'un trou dans laquelle la graine avait chuté.

 

De ce trou étroit, la graine devait trouver un moyen de s'élancer pour pouvoir  croitre à nouveau pour une autre épopée.

Revenue à elle-même, et se croyant seule et nue, la graine se fit plus dure et profonde. Dans son sommeil de graine, elle sentit la fraiche caresse de la pluie la réveiller, et la rappeler à l'ordre pour pousser.

Elle était graine pour dorer au soleil, et elle avait l'énergie de ses sœurs en sa tige pour pouvoir se hisser et atteindre les étoiles.

Elle prit alors appui avec courage sur les aspérités que le trou lui avait réservé, et se mit à grimper. La pluie la secondait souvent au chevet de sa lutte, lui donnant l'espoir et l'eau pour pousser.  Les ressources de la poubelle à portée se transformaient peu à peu eux aussi, pour permettre à la graine de s'envelopper d'engrais.

 

Un beau jour, la petite tige était suffisamment haute pour sortir sa tête du trou.  Elle avait triomphé. Le soleil lui tapotait doucement ses feuilles pour la féliciter. Désormais, elle savait que quoi qu'il lui arriverait, elle aurait la volonté de le transcender. Et même si elle était déracinée, elle saurait s'adapter dans la foi et la dignité. Car quel plus bel exemple qu'une plante qui nait dans un trou d'asphalte au pied d'une poubelle et d'un supermarché ?