BIOGRAPHIE 

José Luis Aguilera

 

Auteur / Professeur à l'Université de Grenade ( Espagne)

Né à Grenade (1954), José Luis Aguilera est titulaire d’un doctorat en Histoire Ancienne de l’Université de Grenade.

Prix Extraordinaire de Doctorat de la même université.

Diplômé universitaire en Recherche Statistique et opérationnelle.

Professeur et Collaborateur Extraordinaire à l’Université de Grenade. Il a enseigné aux facultés de Philosophie et de Lettres et à la Faculté des Sciences du Sport.

Avant son statut universitaire, il a occupé divers postes de direction dans une entreprise privée dans le domaine de la santé.

BIBLIOGRAPHIE 

José Luis Aguilera a publié de nombreux articles et des livres dans l’Éditorial de l’Université de Grenade, ainsi que dans des magazines nationaux et internationaux, tous en relation avec sa spécialité académique et à l’Olympisme.

De l’Antiquité à l’ère moderne avec la redécouverte des Jeux par le Baron Pierre de Coubertin. 

“La Sombra de Cyrano” est sa première publication dans le registre du roman.

Je souhaite, au nom de la rédaction et au nom de notre lectorat, remercier José Luis Aguilera pour la confiance et la gentillesse avec laquelle il a accepté de présenter aux lectrices et lecteurs du Magazine Pas Vu, Pas Lu, les tous premiers mots sur son roman à succès «La Sombra de Cyrano» dont les stocks sont actuellement épuisés en Espagne. Je remercie également Susanna Ikebana pour sa participation active aux échanges qui ont permis cet interview, échanges sans lesquels, il aurait été difficile de le réaliser. 

 

Stéphane Théri

I N T E R V I E W

1/ Dans quel genre littéraire ou dans quels genres littéraires classez-vous votre roman et pour quelles raisons ?

 

Dans le roman, bien évidement et pour différentes raisons, il y a en quelque sorte des caractéristiques autobiographiques. Nous sommes ce que nous avons lu, ce que nous avons vécu et dans le cas de “L’Ombre de Cyrano” ce qui pour une raison quelconque, atteint le fond de notre âme.

 

 

2/ Pourquoi ce titre « L’ombre de Cyrano» et cette construction autour du célèbre personnage de «Cyrano de Bergerac» d’Edmond Rostand ?

 

Parce que je voue une passion pour le travail de Rostand et son personnage Cyrano de Bergerac. Il fait partie de ma propre vie. La pièce a été écrite, filmée et jouée à de nombreuses reprises. Je voulais lui rendre hommage d’une autre manière. En règle générale, en France et en Espagne, le héros imaginé par Rostand est connu, mais on ignore qu’il y avait un véritable Cyrano qui vivait dans le Paris du XVIIème siècle et très différent de celui présenté par Rostand. D’une manière ou d’une autre, je voulais confronter ces deux "Cyranos" et qu’ils soient le point de départ commun des personnages principaux du roman. Cyrano vit dans leur monde intérieur et c’est ce qui les rapproche et fait partie de leur vie.

 

 

3/ En votre qualité d’humain et en votre qualité d’auteur, quelle est votre relation psychologique avec «Cyrano», le personnage de la plus célèbre pièce d’Edmond Rostand et du non moins célèbre film de Jean-Paul Rappeneau ? Quel lien avez-vous tissé avec ce personnage avant votre roman, durant son écriture et après avoir posé le mot fin ?

 

Je rappelle la dualité qui habite l’être humain. Les premières réflexions de Luis Sandoval sont dans le contexte des deux Cyranos. Si l’un était un libre penseur, libertin, à la vie sulfureuse, un philosophe et ami des grands auteurs de son temps (Molière), un agnostique et qui ne croyait qu’à ce que la science révélait ; l’autre, celui de Rostand, était une âme généreuse, loyale et fidèle, capable de donner le meilleur de lui-même. Pour l’amour d’une femme, il a cédé sa place à un autre en raison de sa laideur due à son nez exagéré et obtenir de cette manière le ‘baiser de gloire’. Ainsi, avec cette dualité que nous trouvons dans le même caractère, j’ai essayé de le transférer à l’homme d’aujourd’hui, où le mal et le bien se disputent dans une lutte acharnée.

 

4/ Comment avez-vous fait pour vous accaparer la langue française, le vocabulaire de l’époque, l’intensité de la personnalité de Cyrano et le transcrire avec vos mots malgré la barrière culturelle de la langue ?

 

La passion, le désir et l’enthousiasme ont été le tremplin qui m’a permis de le faire. Montaigne, Quevedo et Cervantes ont été mes professeurs pour approfondir et découvrir le lexique des XVIème et XVIIème siècles. Sur   l’intensité et la profondeur du personnage de Cyrano, il y a eu deux faits concrets et déterminants :

 

En premier lieu, le film de Jean Paul Rappeneau et Jean Claude Carrière de 1990, bien au-delà, à mon avis, à celui réalisé dans les années 50 par Michael Gordon et avec lequel, José Ferrer a remporté l’Oscar du meilleur acteur principal. D’autre part, quand le professeur et directeur du doublage espagnol, Camilo García, fait l’adaptation du scénario Rappeneau dans la  langue de Cervantes. Entre les deux, ils harmonisent de merveilleux dialogues en français et en espagnol que Rostand, lui-même, approuverait et applaudirait sans aucun doute.  À ce propos, je me souviens avoir lu une fois une citation que Rostand avait dite à l’époque : “Entre le succès de Cyrano et les limites de mon talent, je n’ai qu’à mourir…”

 

5/ Vos personnages principaux, Luis et Alice, sont-ils des idéalistes attachés aux valeurs si magistralement défendues par le tempétueux personnage de Rostand, comme sont la loyauté, l’héroïsme et le sens de l’honneur ou, au contraire, à l’opposé de Cyrano, des personnages pervertis par la société ou par la volonté de plaire et démunis de panache ?

 

En ce qui concerne Alice Ardant, c’est le cas. C’est une femme jouissant d’une formation intellectuelle, elle est intelligente et applique les codes d’honneur et les valeurs dans lesquels elle a été élevée. (Cyrano de Rostand), jusqu’au moment où les événements de la vie la conduiront à prendre des décisions qu’elle n’aurait jamais imaginé devoir prendre. Le cas de Luis Sandoval est différent. Il est connu pour être un “scélérat mondain”, qui lutte constamment avec lui-même et ses propres contradictions.

 

6/ Les personnages de Luis et Alice sont-ils les instruments avec lesquels vous opérez, vous disséquer notre société et tous ses ratés ? Sont-ils des projections modernes de Cyrano et de Roxane ou des projections autobiographiques capables de porter aux nues vos réflexions philosophiques de vie en jouant de concert avec votre goût prononcer pour Cyrano et ses vertus ?

 

Exactement. J’utilise les personnages de Luis et Alice pour disséquer une société dans laquelle triomphent les “psychopathes à succès” ou les “serpents en costume”. Pour ce faire, j’utilise ma propre expérience de vie, donc le roman a une partie de ce que nous pouvons appeler “autobiographie”. En tout cas, même parmi ceux qui ne le sont pas, il y a une dualité qui nous élève parfois vers les étoiles de la même manière qu’elle nous plonge dans les profondeurs et les abîmes. Mon intention est d’inviter le lecteur à y réfléchir afin que lorsque nous nous réveillons chaque matin, nous puissions nous regarder sereinement devant le miroir sans éprouver aucune honte.

 

7/ Quelle est la part du diable et la part divine que pourraient embrasser vos deux personnages principaux ? Sont-ils en quête de salut ou décalés, perdus ?

 

Ils recherchent une bouée de sauvetage qui leur permettra de vivre en paix avec eux-mêmes. L’un et l’autre pour des raisons différentes, comme leur propre vie l’a été mais l’endroit où ils se dirigent est le même. C’est-à-dire se retrouver, se reconnaître et vivre comme ceux qui se disent aimer vivre vraiment.

 

8/ L’amour de soi, l’amour de l’autre, le respect, l’honneur, le courage sont-ils les valeurs refuges pour nos contemporains, tout comme elles l’étaient pour le personnage de Cyrano et le sont pour Luis et Alice ?

 

C’est ce qu’ils recherchent pour que leur vie soit complète, mais dans quelle mesure la société, elle-même veillera-t-elle à que cela devienne une réalité à proprement parler ?

Il faut lire le roman entièrement pour bien comprendre cet aspect. Dit sous cette forme, sans fondement, argument concret il nous est difficile de comprendre.

 

9/ José Luis, vous êtes-vous perdu dans les profondeurs de vos réflexions et dans les histoires de vos personnages pour ressusciter un José Luis originel, tracer un long fil de vie ou dessiner les recoins sur lesquels le personnage de Rostand et le vrai Cyrano, Savinien de Cyrano de Bergerac auraient pu s’achopper ou tout simplement se distinguer l’un de l’autre ?

 

Je dois avouer que je me suis inspiré de mes personnages pour raconter une partie de l’histoire de ma propre vie. Les réflexions de Luis Sandoval sont celles que j’aurais pu faire de moi-même ou peut-être sont-elles les mêmes dont le véritable Cyrano de Bergerac, aurait pu faire de lui-même. Cependant, il y a quelque chose de très beau qui est sous-jacent dans l’âme de Luis et Alice : leurs paroles de Cyrano qui les unira à différents moments de leur vie avec le héros en toile de fond. Cette partie romanesque et  imaginaire qui confond le réel et la fiction met en relief et en perspective la meilleure facette de chacun d’entre-deux.

 

10/ Votre roman est-il l’effet miroir d’une société détériorée par des fondements matérialistes et dans laquelle on perd sa vie à essayer de vendre une image de soi à l’opposé de ce qu’est et construit chacun de nous ? Votre roman peut-il être perçu comme un boulevard sur lequel pourraient traîner des rêves inachevés, oubliés ou abandonnés ou pourrait-il se voir comme une bobine de film déroulant des morceaux de vie au bout de laquelle nous pourrions rencontrer José Luis, Luis, Cyrano, Savien de Cyrano, Roxane et Alice s’interrogeant sur le sens de la vie ?

 

La question elle-même, répond parfaitement à l’intention de l’écrivain. C’est, en effet, une sorte de tentative pour nous voir tels que nous sommes, d’apprendre à nous accepter avec nos zones d’ombres et lumières. A partir de ce point, essayer d’améliorer tout ce que nous pouvons changer de notre existence. Ce n’est qu’ainsi que notre vie aura un véritable sens.

 

11/ Pour terminer, avez-vous une idée de la date à laquelle pourrait-être proposé «La Sombra de Cyrano» en version française ?

 

Je suis un espagnol francophile. J’adore la culture, les films et la langue française. Ma plus grande aspiration en tant qu’écrivain, est de voir un jour mon roman publié en français. À la manière de Rostand lui-même, je pourrais dire: “Si à un certain moment de ma vie, j’arrive à avoir entre mes mains la version française de “L’Ombre de Cyrano”, je n’aurais plus qu’à mourir en paix avec moi-même…”