association Colin maillard 

Elodie Tallon

Médiatrice Familiale / Formatrice

Association Colin Maillard

Date de création de la structure : 1989

 

Objet :

 

L’association Colin Maillard, située à Villeurbanne, œuvre depuis sa création en faveur de l’intérêt de l’enfant et des liens qui l’unissent à chacun de ses parents.

 

Il s’agit d’une association à but non lucratif relevant de la loi 1901, créée en 1989 à l’initiative de Charles Hernu, alors député du Rhône, à une époque où le traitement social des conflits familiaux se profilait comme un véritable enjeu de société.

 

Colin Maillard est initialement un « Espace de Rencontre », dont la mission première est d’organiser des visites entre les enfants et leurs parents dans les situations de séparations ou de divorces complexes, ou lorsque les enfants sont placés sur mesures judiciaires ou administratives.

 

Soucieux de suivre l’évolution des problématiques sociétales et de se situer au plus près des besoins des familles, depuis 2005, l’association dispose également d’un service de médiation familiale.

 

Il propose de mener des processus de médiation, accompagnant les familles,  dans la gestion de leurs conflits, dans la reconstruction de leurs liens ou dans l’organisation de leur séparation centrée sur l’intérêt de leurs enfants.

Depuis 2020, l’association propose également un processus spécifique de médiation parent /adolescent au cours duquel il va s’agir de répondre aux besoins spécifiques de tous, en prenant en compte tant la complexité du lien, que la place de chacun.

 

Ainsi, les professionnels de l’association travaillent depuis plus de trente ans à soutenir, encourager, protéger et rétablir des liens familiaux souvent meurtris.

 

I N T E R V I E W

1/ Elodie, pouvez-vous nous dire ce qu’est la médiation familiale et à qui s’adresse-t-elle ? Pouvez-vous, svp, énumérer les sources de conflit nécessitant une médiation ?

 

Bonjour Stéphane.

 

Tout d’abord, je souhaitais vous remercier pour votre sollicitation mais aussi pour l’intérêt que vous portez à la médiation familiale.

Avoir l’occasion de présenter ce dispositif est toujours une véritable opportunité puisqu’ il  reste aujourd’hui encore, relativement  méconnu en France.

 

La médiation familiale est originaire des Etats unis et du Canada, où elle a été pensée, conceptualisée et développée par des avocats et des psychologues dans les années 1970, s’appuyant sur une pratique conçue notamment à partir de techniques d’arbitrage.

Adaptée aux situations de  divorces ou de séparations conjugales, la médiation familiale permet alors de trouver une issue aux conflits dévastateurs des adultes et d’en protéger les enfants.

C’est à la fin des années 1980 que ces théories ont traversé l’atlantique pour se développer en France,  s’imposant peu à peu comme une approche novatrice et complémentaire du droit, dans les résolutions de conflits intrafamiliaux.

 

En effet, la médiation familiale est un dispositif spécifique de résolution amiable des conflits, dans lequel les membres d’une famille sollicitent ou acceptent l'intervention d’un tiers professionnel, le médiateur familial.  Il va, à travers l’organisation de rencontres, travailler à la restauration du lien ainsi qu’à une recherche de solutions mutuellement acceptables, dans un esprit de responsabilité et d’autonomie.

 

Lieu de parole privilégié pour appréhender et apaiser le conflit, la médiation familiale propose un processus qui vise à restaurer une communication suffisamment bonne entre ses participants pour qu’ils puissent trouver par eux même des solutions satisfaisantes pour chacun, tant sur le plan de l'organisation familiale que sur le plan financier.

 

La médiation familiale peut ainsi intervenir autour de tous les enjeux liés à une rupture de liens ou de communication dans la famille, entendue au sens large et dans toute sa diversité.

 

Aujourd’hui, elle s’inscrit  largement dans le cadre de séparation, de divorce ou dans les questions liées à l’exercice de l’autorité parentale conjointe. Elle permet aux parents de construire ensemble les modalités de leur séparation, de travailler à  dépasser leur conflit afin de créer une relation parentale propice à la collaboration et au respect, dans l’intérêt de leur(s) enfant(s).

Si des accords sont trouvés entre les parents au cours du processus et s’ils relèvent de la compétence du tribunal judiciaire, le médiateur pourra rédiger une convention, homologable, par un juge aux affaires familiales.

 

Mais la médiation familiale peut aussi intervenir dans  tous les différents existants dans les relations intergénérationnelles (Parents/ jeunes adultes, grands-parents /petits-enfants, fratries…),  autour des questions patrimoniales, de celles liées à la dépendance ou  à la prise en charge d’un parent âgé, dans les situations de conflits familiaux à dimension internationale ou encore dans les situations concernées par la protection de l’enfance et de l’adolescence.

Clip vidéo de

la Fédération française

des espaces de rencontre

2/ Quels sont les objectifs d’une médiation et quels sont les outils à votre disposition pour parvenir à l’enclencher et la mener à bon terme ?

 

L’objectif premier de la médiation familiale est de rétablir la communication  entre ses participants, dans un climat de confiance, propice à l’écoute, au respect et à la recherche de solutions mutuellement acceptables.

C'est un temps d'écoute, d'échanges et de négociation qui permet de prendre en compte de manière très concrète les besoins de chacun.

Elle a pour finalité d'apaiser le conflit et de préserver les relations au sein de la famille.

 

Pour ce faire, en tant que médiateur, nous devons  être conscient et comprendre les enjeux auxquels nous avons à faire face, qu’ils soient relationnels, économiques, juridiques ou psychologiques.

Conduire une médiation familiale  exige donc des compétences plurielles, acquises dans le cadre de la formation au diplôme d’Etat de médiateur familial, crée en 2003.

Cette formation nous permet d’acquérir des connaissances en droit, en psychologie, des techniques de communication et de gestion de conflit, indispensables à la conduite d’entretien de médiation.

 

En tant que médiateur familial, note rôle est d’instaurer et de garantir un cadre protecteur et sécurisant dans l’espace de médiation, en soutenant chaque participant de façon neutre et impartiale.

Nous sommes indépendants, n’avons aucun projet, aucun pouvoir de décision mais proposons de s’appuyer sur les potentialités individuelles et familiales et d’inviter à la créativité pour les aider les personnes à trouver elles-mêmes les issues de leur crise.

 

Par ailleurs, le cadre de la médiation, que nous mettons en place et dont nous sommes garants,  fait de l’espace de médiation un temps défini, protégé, pour évoquer l’histoire et se donner un temps pour réfléchir et  appréhender le conflit.

Aussi, dans l’espace de la médiation, chacun est soumis à une règle de non-violence, d’écoute mutuelle, d’équité de temps de parole et de considération qui, une fois énoncée va créer un espace-temps privilégié, renforcé par le caractère confidentiel des entretiens.

Les contours de ce cadre donne à chacun la possibilité de verbaliser leurs ressentis, avec la garantie que ceux-ci seront travaillés, sans être traités sous un angle thérapeutique, mais restitués de façon positive et constructive. C’est à cette condition que vont pouvoir s’établir les bases nouvelles d’une communication.

Pour autant, ce sont les personnes elles-mêmes qui définissent les sujets qui seront abordés.

Nous ne portons aucun projet pour elles et les objectifs de la médiation demeurent différents, en fonction des situations que l’on rencontre.

Si toutes  se rejoignent autour de deux personnes, au moins,  éprouvant un désir de changement dans leur relation, les objectifs qu’elles se fixent et que nous accompagnons demeurent, à l’image de leur histoire, unique et singulière.

3/ Avez-vous des données chiffrées à nous donner sur les actions de médiation familiale de votre association et plus généralement sur toutes les actions menées en France pour la médiation familiale ?

 

C’est une question complexe car la médiation familiale peut être proposée par des services de médiation familiale conventionnés par la caisse d’allocation familiale mais également par des médiateurs exerçant en libéral. Il n’existe pas, à ma connaissance, d’études croisant les données de ces deux secteurs.

 

Pour autant, chaque année, la CAF présente le rapport d’activité annuel des 269 services de médiation qu’elle finance* via une prestation de service. C’est en m’appuyant sur ce dernier que je vous propose de réponde à votre question. Pour qu’elle soit tout à fait complète, il faudrait ajouter à ces chiffres ceux des médiateurs exerçant en libéral.

 

On apprend donc dans cet « Atlas » qu’en 2019, près de 94.112 entretiens d’information auprès de 111.119 bénéficiaires (ex-conjoints, grands-parents, membres de fratrie…) ont été menés par 441 médiateurs familiaux (Equivalent ETP) sur le territoire Français.

 

Préalables obligatoires au processus de médiation lui-même, ces entretiens d’informations gratuits, permettent une première rencontre avec un médiateur.

Il s’agit d’un temps d’échange autour de la demande des personnes, de leurs besoins mais également d’un temps de présentation  du cadre et du processus de médiation familiale, de ses objectifs et de ses modalités.

Ils permettent de vérifier le bienfondé d’une médiation familiale dans la situation et de recueillir la volonté, libre et éclairée des personnes à s’engager dans le processus.

 

Sur cette même année 54 514 séances de médiation, réunissant les parties,  ont été dispensées et 23 095 processus de médiation ont été menés à terme par ces services (soit 24% des situations reçues en séances d’information).

Pour 76% des médiations familiales terminées en France en 2019, le processus aura contribué à un apaisement notable du conflit puisque 63 % d’entre elles ont abouti à un accord amiable (oral ou écrit) et 13 %  d’entre elles, si elles n’ont pas vu d’accord conclu, ont néanmoins connue une avancée significative, par une amélioration sur le plan relationnel et un rétablissement de la communication.

Enfin pour 24% des médiations achevées,  le processus n’aura pas permis d’avancée.

 

A Colin Maillard, nous nous inscrivons tout à fait dans cette tendance nationale.

Près d’un tiers des séances d’informations que nous avons réalisées ont conduit à la mise en place d’une médiation familiale.

50 % de ces médiations ont abouti à un accord (22 % écrit et  28% oral), 18 % ont conduit à un apaisement de la situation tandis que pour 30%, elle n’aura pas permis d’avancés significative.

 

Par ailleurs, des actions d’information et de promotion de la médiation familiale sont réalisées chaque année en France, auprès des professionnels ainsi que du public (près de 10 000 en 2019) et notamment dans le cadre des réunions d’information «  être parent après la séparation » organisées par la CAF sur tout le territoire Français (748 en 2019).

 

4/ La crise du Covid et les confinements connexes ont-ils été des révélateurs de besoins et avec quel niveau d’urgence ?

 

La crise sanitaire que nous traversons a effectivement impacté, avec une grande violence, les familles françaises et nous avons connu un afflux important de demandes entre chaque période de confinement.

Notre service a fermé ses portes au public de mars à mai 2020 mais nous avons fait le choix de maintenir un espace d’écoute et d’échange au travers de permanences téléphoniques.

Nous avons par la suite pu rester ouverts, durant les confinements suivants, pour maintenir nos activités de soutien à la parentalité (dans des conditions permettant le respect des mesures sanitaires) reconnues plus indispensables que jamais en cette période troublée.

 

Pour nombre de couple en instance de séparation ou éprouvant des difficultés relationnelles avant la crise sanitaire, cette dernière n’a fait que renforcer ces problématiques, les obligeant à une cohabitation forcée durant de nombreuses semaines.

Besoin de séparation physique et de prise de distance avec un climat empreint de tension rendu impossible, ce huit clôt familial s’est avéré d’une grande violence pour nombre de familles.

Ces dernières se sont présentées à nous avec un besoin de séparation physique urgent, rendu souvent impossible par l’immobilisme dans lequel le pays s’est vu plongé, renforcé par des situations financières fragilisées empêchant toute projection, notamment sur un nouveau lieu de vie.

 

Il aura alors été question de définir des modalités de cohabitation acceptables pour chacun, avec comme priorité le bien-être et la préservation de l’équilibre de tous, et surtout des enfants. Un travail de projection, souvent salvateur, a également alimenté les échanges afin de pouvoir anticiper et désamorcer les prochaines étapes de la séparation.

 

Nous avons aussi reçu certaines personnes éprouvant un besoin de « retour aux sources », déposant un projet presque vital de rapprochement familial. Aussi, il s’agissait pour certains parents d’envisager le déménagement de l’autre parent dans une autre ville, une autre région, avec tous les enjeux liés à la distance  géographique entre les parents d’un même enfant.

 

Enfin et surtout, nous avons été assaillis de demandes liées aux délais rallongés pour obtenir une date d’audience auprès des  juges aux affaires familiales.

En effet, le tribunal d’instance de Lyon, déjà surchargé, a été également impacté par la crise sanitaire et les délais d’audience ont encore été repoussés, parfois jusqu’à plus d’une année après le dépôt de la requête. Une année durant laquelle aucune décision, aucun cadre ne pourra accompagner et organiser la séparation des couples.

 

Dans un travail en étroite collaboration entre les différents services de médiation familial du Rhône et la chambre de la famille du tribunal d’instance de Lyon, nous avons souhaité proposer à toutes les familles concernées par ces situations de s’informer sur la médiation familiale.

Ainsi, depuis janvier 2021, une permanence d’information, déjà existante depuis de nombreuses années, a été adaptée à cette situation inédite pour inviter les familles à bénéficier d’une tentative de médiation familiale préalable à l’audience.

Les deux parties sont alors convoquées au tribunal pour rencontrer une médiatrice familiale (nous ne sommes que des femmes..) et vérifier si le processus de médiation pourrait leur permettre de mettre à profit ce temps d’attente anormalement long.

Ils restent bien sûr libres de donner suite à cette entrevue par une prise de rendez-vous auprès de l’association de leur choix, ceci afin de mettre en place une médiation familiale. Ils pourront ainsi    envisager  eux-mêmes leur nouvelle organisation familiale.

 

Nous avons ainsi souhaité nous mettre à disposition des personnes afin de leur proposer une alternative responsabilisante, répondant à l’urgence de la situation en prenant en compte les situations individuelles de chacun.

5/ Quel est l’élément déclencheur ou l’évènement qui permet à une médiation de se mettre en place ? Est-ce compliqué d’engager une médiation ?

 

Il existe deux voies pour s’engager en médiation familiale :

 

La première, qui représente une large majorité des situations que l’on rencontre, est dite «  spontanée ».

Les personnes prennent directement contact avec le service de médiation familiale, souvent de façon individuelle.

Ils évoquent souvent un besoin de prise de décision, de concertation, de dialogue avec l’autre partie.

Un trop plein d’émotions parfois, une usure face au conflit ou simplement le souhait de se retrouver et de dépasser les effets délétères d’une  discorde, motivent leur besoin de se faire accompagner par un médiateur dans la gestion de leur conflit.

Il s’agit aussi souvent pour eux d’une alternative à la justice, d’une volonté de rester maitre des décisions qui les concernent ou encore de la prise de conscience qu’un jugement ou la voie judicaire ne permettra pas de résoudre leurs difficultés relationnelles.

 

Nous leur proposons alors un temps d’information afin d’échanger ensemble sur leur situation, leurs besoins, afin de vérifié l’opportunité de leur démarche.

Si la problématique soulevée au cours des entretiens d’information ne semble pas relever d’une médiation familiale, nous nous efforçons d’orienter au mieux les familles sur les étayages adaptés (protection de l’enfance, conseil conjugal, thérapie familiale…). En ce sens, il est à souligner que la médiation peut s’avérer contre indiquée dans les situations de violence structurelle, d’emprise, ou face à des problématiques ou pathologie altérant les facultés mentales et la capacité décisionnelle.

 

Nous leur présentons le processus et, avec leur accord, nous adressons une invitation à l’autre partie pour lui proposer de bénéficier du même temps d’échange.

Si les deux parties  sont d’accord, la médiation se met en place et des rendez-vous communs leurs sont proposés. Le cout de la médiation est partagé entre chaque participant, en fonction de leurs revenus et d’un  barème national établi par la CAF, allant de 2 euros à 131 euros l’entretien.

 

La médiation familiale peut également être ordonnée ou enjointe par un juge aux affaires familiales, après avoir recueilli l’accord des parties, principalement dans le cadre de divorces, de séparations ou de demande de révision d’un jugement existant, lorsque le magistrat mesure l’existence d’un conflit pouvant menacer l’intérêt de ou des enfant(s) ou l’exercice de l’autorité parentale conjointe.

Le cout de la médiation peut alors être supporté par l’aide juridictionnelle.

Les parents sont alors contraints d’assister à ce premier rendez-vous d’information, de façon individuelle ou commune.

Toutefois, ces derniers restent tout à fait libres de s’engager ou non dans le processus, sans que cela n’ait de conséquence sur la suite de la procédure.

 

Quelle que soit la façon d’entrer dans l’espace de médiation, la libre adhésion des personnes de s’engager et de faire vivre le processus, la neutralité et l’impartialité du médiateur ainsi que la confidentialité des entretiens restent le maitre mot.

6/ Rétablir la communication et dépasser les conflits, pour construire les solutions d’une nouvelle organisation familiale, c’est ce que vous faites. Est-ce un travail de longue haleine ? Avez-vous un itinéraire précis ou chaque cas augure une approche différente ?

 

Les situations que nous rencontrons en médiation sont différentes dans leur contenu mais toutes se rejoignent autour d’une souffrance, d’un sentiment d’impasse, d’une importante crise de la communication.

Pour  permettre l’émergence d’une dynamique de changement, il existe, au-delà des spécificités inhérentes aux différents courants de médiation familiale et aux pratiques singulières de chaque médiateur, des phases clés qui viennent rythmer le processus.

 

Lors des premières rencontres avec les personnes, il va surtout s’agir pour le médiateur, de  repérer le fonctionnement de chacun, en tant qu’individu mais aussi celui du couple parental, du groupe famille.

A cette fin, le médiateur va explorer leur système de valeurs, chercher à comprendre la réalité de l’histoire telle qu’elle est perçue par chacun, comprendre leurs demandes initiales ainsi que les besoins parfois tus, afin de les soutenir au mieux lors des entretiens communs.

Ce temps privilégié permet aux personnes de se livrer plus facilement,  de se sentir plus libres dans leur parole puisque dégagées du poids du regard de l’autre.

Il s’agit donc d’inviter la personne à une prise de distance et à une recherche de sens quant au conflit, à le recontextualiser pour mieux comprendre les origines de la rupture du lien.

C’est une étape essentielle qui permet de penser et de préparer la rencontre.

 

Dans la seconde phase du processus, au cours des entretiens communs, chacun va donc pouvoir être écouté et va être invité à entendre l’autre.

Cette phase peut être l’occasion de liquider toute la charge émotionnelle liée au conflit et témoin des émotions les plus violentes, de débat vifs et d’éclat de voix.

L’enjeu sera alors d’accompagner les personnes vers l’élaboration d’une lecture commune de leur problématique,  d’une reconnaissance de l’autre et de ses besoins, d’un projet partagé, souvent autour de l’intérêt des enfants,  pour qu’ils puissent se considérer comme acteurs d’une histoire commune.

C’est dans la troisième phase, axée sur la construction et l’exploration des possibles,  que vont être pensées et étudiées les solutions soumises par les personnes.

Il s’agit ici d’un temps créatif, basé sur l’élaboration d’idées, de propositions. Les personnes échangent autour des possibles, en prenant  en compte les besoins de chacun et principalement des enfants.

Il s’agit aussi d’une phase décisionnelle, où chacun est amené à négocier avec l’autre, parfois avec lui-même. Elle invite à une introspection, avant de se positionner, de s’engager sur des accords concrets.

 

La dernière étape du processus de médiation va entériner les accords et formaliser le projet d’entente, si l’objet de la médiation s’y prêtait. Il marque le début d’une ère nouvelle, où chacun est « gagnant grâce à l’autre », en adéquation avec la réalité du moment vécu par chacun.

 

Si les personnes le souhaitent et que les sujets relèvent de la compétence du juge aux affaires familiales, leur convention pourra également être soumise à l’homologation du magistrat. Leurs accords auront ainsi une force exécutoire, au même titre qu’un jugement rendu par le tribunal.

 

7/ Rencontrez-vous beaucoup de jeunes adultes en rupture de lien, avec leur famille (obligation alimentaire des parents concernant un jeune majeur) ? Quels sont les raisons de la rupture de lien ? Ce phénomène est-il en nette progression ?

 

Les demandes de médiation parents/jeunes adultes sont effectivement en légère progression ces dernières années, mais elles ne représentent pas pour autant la majorité des situations que nous rencontrons aujourd’hui.

 

Il s’agit souvent d’une question de dysfonctionnement familial, d’une difficulté à trouver sa juste place dans une famille qui évolue.

Accepter que son enfant grandisse pour les uns, se soustraire à l’autorité de ses parents et affirmer ses choix personnels ou professionnels pour les autres, le passage à l’âge adulte des enfants peut  venir bousculer les repères et engendrer d’importantes crises de la communication.

 

Pour d’autre, la majorité des enfants faisait écho à une certaine indépendance, notamment financière. Pour autant, la durée des études, les difficultés à entrer dans le monde du travail, à accéder à un logement indépendant peuvent retarder l’émancipation concrète du jeune.

Les questions financières peuvent ainsi être sources de conflit et d’incompréhension.

 

Enfin pour beaucoup, les difficultés relationnelles s’inscrivent et se cristallisent dans des événements survenus bien avant la majorité des enfants.

Une communication conflictuelle, des représentations divergentes, des conflits de loyauté sous-jacents à une séparation des parents, peuvent être des problématiques existantes depuis plusieurs années déjà, qui sont venues s’intensifier à la majorité des enfants et marquer une rupture dans la relation.

 

Aussi, dans un souci de prévention de ce phénomène, nous nous sommes formées en 2020 au dispositif spécifique qu’est celui de la médiation parent-adolescent.

Il propose d’accompagner parent et adolescent, à partir de 12 ans, dans la gestion de leur conflit, dans le respect de la place et des besoins de chacun, prenant en compte à la fois l’autorité parentale et l’autonomie en devenir du jeune.

Nous leur proposons de travailler, de façon collaborative et coopérative sur les difficultés auxquelles ils peuvent être confrontés dès lors que la relation se voit malmenée, distendue, que la communication est rompue ou conflictuelle, et, quand le conflit entrave le maintien d’une relation apaisée, viable ou satisfaisante.

 

Il s’agit donc pour nous , à la fois de prévenir des situations de rupture entre un jeune adulte et son parent, en travaillant en amont les questions relatives aux places et besoins de chacun mais également de répondre à une demande croissante de soutien de la part des familles, dans cette période charnière et parfois bouleversante que représente l’adolescence des enfants.

8/ Les mots et la communication sont-ils au cœur de votre travail. Avez-vous des clés pédagogiques à donner pour éviter que les mots et la communication entre les personnes ne deviennent pas des «Maux» ?

 

De nos jours et plus que jamais, nous communiquons en permanence, parfois avec le monde entier. Pour autant, la communication peut s’avérer être un exercice complexe, parfois douloureux ou violent, particulièrement lorsqu’il  aborde l’intime et interroge les éprouvés.

 

Très souvent, pour clore les méditions que je mène, j’invite les personnes à prendre soin de cette communication fraichement rétablie afin qu’elle demeure constructive, sereine et porteuse. Il s’agit alors souvent d’un défi, tant sur la forme que sur le fond.

 

En effet au niveau de la forme, la qualité des échanges dépend de la « tonalité » que l’on souhaite lui donner et il s’agit avant tout d’un travail d’équipe puisque l’attitude de l’un conditionnera  souvent celle de l’autre.

 

Ainsi, une écoute active, bienveillante, sans préjugé posera les bases d’un échange authentique.

Il faut alors se montrer vigilent quant au ton de sa voix, au langage non verbal, mais aussi qu’à la place et à la considération accordée à l’autre.

Je conseille également, au niveau de la forme, de tenter de délivrer une information à la fois, afin de ne pas se laisser envahir, déborder et perdre son interlocuteur.

Il va alors s’agir d’essayer de dissocier nos observations des faits, du besoin et de l’émotion à laquelle il renvoie pour ensuite être en mesure de formuler une demande claire, et susciter la compréhension et la coopération de l’autre.

 

Cet effort représente également un défi personnel puisqu’il demande de se questionner régulièrement sur ses propres ressentis pour identifier nos « sujets sensibles ».

Faire un effort de mise en mots  de ses émotions permet de mieux cerner nos propres besoins, nos valeurs ou nos peurs, de les partager avec l’autre afin de mieux se comprendre.

 

Prendre soin de la communication, c’est parfois aussi accepter les silences,  se donner ou donner à l’autre un temps de réflexion, reconnaitre que le cheminement de chacun répond à sa propre temporalité.

 

En cas de difficulté à échanger, que ce soit sur des sujets complexes, dans le cadre de relations  houleuses ou dans la vie quotidienne, communiquer de façon constructive et sereine demande un réel effort et parfois un apprentissage de longue haleine.

En cas de besoin, de nombreux ouvrages présentent aujourd’hui, de façon simple et pratique, les principes de la communication non violente et proposent des clés pour mieux se comprendre, comprendre l’autre, développer des relations humaines et une communication harmonieuse.

9/ Sur votre site internet, nous pouvons voir la vidéo de la FFR (Fédération Française des Espaces de Rencontre), votre association a-t ‘elle des projets de vidéos de sensibilisation ? Si oui, avez-vous besoin de partenaires, de mécènes ?

 

En effet, la Fédération Française des Espaces de Rencontre a réalisé ce clip vidéo pour présenter les espaces rencontres,  leurs missions et de leurs engagements auprès des familles.

 

La Fédération Nationale de la Médiation et des Espaces Familiaux (FENAMEF) travaille également sur un projet de communication et sensibilisation à la médiation familiale.

Toutefois, à notre niveau, nous souhaitons également pouvoir promouvoir la médiation familiale de la façon la plus large possible, en adéquation avec les supports de communication actuels.

Nous sommes ainsi effectivement à la recherche partenaires en mesure de nous soutenir dans la création ou le financement de campagne de sensibilisation et d’information autour de la médiation familiale.

Il nous semble en effet impératif que pour que la médiation familiale se développe et s’inscrive durablement dans notre culture comme un outil incontournable de le traitement des conflits familiaux, il doit être présenté et expliqué  au plus grand nombre.

 

10/ Elodie, comment êtes-vous devenue médiatrice familiale ? Quelles leçons tirez-vous de vos différentes rencontres ? Comment voyez-vous votre travail pour les 10 ans qui viennent ?

 

J’ai tout d’abord exercé le métier d’assistante de service social durant plus de huit ans, dans le cadre de mesures éducatives en milieu ouvert, judicaires et administratives.

Immergée au cœur de systèmes familiaux en souffrance, j’y ai découvert une instabilité grandissante des liens, se traduisant par des ruptures de plus en plus fréquentes, des conflits de plus en plus vifs. J’ai pu mesurer combien ces situations pouvaient bousculer les positions et les repères de chacun et il m’était parfois délicat d’encourager des pères et des mères en souffrance, animés ou minés par des sentiments d’échec, de haine, ou d’amertume à dépasser cette épreuve, dans l’intérêt de leur enfant.

Aussi, guidée par mon intérêt d’être au plus près des familles et de travailler ensemble les liens qui les unissent, j’ai cherché à acquérir des outils de compréhension et d’intervention adaptés.

J’ai alors débuté une formation de médiateur familial et obtenu mon diplôme d’état en 2014.

En 2015, j’ai quitté mon poste d’assistante de service social pour exercer en tant que médiatrice familiale au sein de l’association Colin Maillard.

En parallèle, de 2016 à 2020 j’ai occupé les fonctions de coordinatrice de la médiation familiale et des espaces rencontrent au sein du tribunal de grande instance de Lyon.

Ma mission consistait alors à recueillir les besoin de chacun et d’organiser des temps de rencontres entre magistrats de la chambre de la famille, les représentant de la CAF et les associations de médiation familiale afin de penser et de construire, en collaboration étroite, des réponses adaptées aux problématiques des justiciables.

Enfin depuis plus de 2 ans, j’interviens dans différents centres de formation en travail social et facultés afin de contribuer à la formation les futurs travailleurs sociaux et médiateurs familiaux.

 

J’ai eu la chance de côtoyer et d’entrer dans l’intimité de nombreuses familles ces dernières années.

J’ai souvent été émue par ces récits de vie, par la puissance des sentiments et des liens familiaux, je me suis parfois trouvée démunie face à des situations dramatiques. Néanmoins,  j’ai toujours été stupéfaite par la capacité des individus à évoluer, à se reconstruire, en regardant devant eux malgré les tourments d’un passé qu’ils n’oublieront pas, mais dont ils refusent qu’il détermine  leur avenir.

Soutenir ces élans de vie, travailler à la restauration de liens apaisés et encourager l’autonomisation et la responsabilisation de personnes au quotidien, représente pour moi un défi passionnant.

 

D’ici dix ans, je souhaiterais ne plus avoir à répondre à la question «  en quoi consiste votre métier ? » !

Plus sérieusement, je souhaiterais que la médiation puisse se développer, être d’avantage connue et reconnue et qu’elle puisse s’inscrire durablement dans une culture des règlements amiables des conflits, plus responsabilisante, axée sur la préservation des liens et la communication entre les parties.

La démocratisation de la médiation familiale et, plus largement d’une vision plus pacifiée de la gestion des différents semble engagée mais nécessite du temps avant de s’inscrire pleinement dans nos schémas de pensée.

 

11/ Que peut faire le gouvernement français pour vous aider et optimiser la médiation familiale ?

 

Ces vingt dernières années, dans cette volonté de développer une culture du règlement amiable des conflits, le gouvernement français à peu à peu reconnu et accordé une place, de plus en plus conséquente à la médiation familiale.

 

De la création du diplôme d’état à la mise en place d’une prestation de service spécifique via la CNAF, la médiation familiale a été institutionnalisée par la loi relative à l’autorité parentale (2002) et avec la réforme du divorce (2004). Elle est alors entrée dans le code civil et correspond aux nouvelles exigences de régulation négociée des conflits.

Toutefois, la loi de modernisation de la justice du 21 siècle à récemment franchit un nouveau cap dans le développement de la médiation familiale, en instaurant à titre expérimental jusqu’en en 2022 une tentative de médiation familiale « obligatoire » (TMFPO) dans onze tribunaux Français.

 

Désormais et depuis 2016, les justiciables de ces tribunaux doivent justifier d’une tentative de médiation familiale, avant de pouvoir déposer une requête auprès du juge aux affaires familiales pour voir modifier un précédent jugement*

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Si la tentative de médiation n’a pas eu lieu, le juge pourra déclarer d’office la demande irrecevable, et ne l’examinera pas.

L’obligation consiste à assister à un entretien d’information et à un entretien de médiation.

Si une des personnes au moins ne souhaite pas poursuivre la médiation, celle-ci s’arrêtera sans que cela change le cours de la procédure.

 

Cette expérimentation illustre pleinement l’esprit du projet de loi de programmation de la justice qui s’inscrit dans la visée gouvernemental de pacification des rapports sociaux.

 

Ainsi, il est probable que d’ici quelques années, cette tentative de médiation familiale préalable à la saisine du JAF se généralise.

 

Il s’agirait d’une avancée majeure mais également d’un réel défi tant pour la médiation familiale que pour le justiciable français.

Aussi, la réussite d’un tel projet et son appropriation par les familles va largement dépendre de l’engagement du gouvernement dans ce projet, au travers de son niveau d’investissement sur les plans matériel, humain et pédagogique.

 

Il me semble donc nécessaire que le travail de réflexion engagé avec les acteurs et les représentants de la médiation familiale en France perdure, à la fois pour penser un dispositif efficient et pérenne, dans le respect des règles déontologique de notre profession, mais également pour que des moyens suffisants soient alloués aux services de médiation ainsi qu’aux médiateurs libéraux pour mener à bien cette mission.

 

Enfin, il me paraitrait judicieux d’engager des campagnes d’informations et de sensibilisation à la médiation familiale afin de faire d’avantage connaitre ce dispositif, son sens et sa portée, pour qu’il puisse progressivement s’inscrire  dans la culture française comme une  réelle alternative à la justice.

 

12/ Avez-vous un message à passer à nos lecteurs et lectrices pour les sensibiliser sur tout ce qui peut, insidieusement, créer une fracture ou un besoin de médiation ?

 

Contrairement à beaucoup d’idées reçues, il ne me semble pas que ce soit le conflit ou la crise qui conduisent à la fracture, à l’étiolement du lien.

 

Les crises sont naturelles et font partie intégrante de la vie, de l’évolution individuelle ou familiale.

Elles témoignent des tensions inéluctables entre des individus complexes et imparfaits, qui s’adaptent du mieux possible aux évènements de vie auxquels ils ont à faire face tout au long de leur parcours.

 

Je pense que ce qui crée la rupture, réside d’avantage,
dans l’impossibilité de se faire face, de se dire les choses.
Renoncer à la communication, renoncer à se donner les moyens de dépasser les conflits
risquent de cristalliser les tensions ; ceci, combiné au silence, au temps qui passe, 
et à la résignation peut alors briser le lien de façon durable et profonde.

 

 

Aussi, il ne faut pas hésiter à se faire accompagner dès lors qu’il y a un sentiment de mal être, dans la relation, dès que le lien familial ou la communication est menacée.

Il n’est jamais ni trop tôt, ni trop tard pour engager ce travail de reconstruction du lien, dans un soucis de mieux être personnel et familial, et en ce sens, la médiation familiale peut permettre d’engager un autre chapitre de  histoire et encourager à changer de regard sur le passé et sur l’avenir.