Interview

Thiphaine Ruppert  Abbadi

 Journaliste, en charge de la plateforme IO.Presse

Préambule

 

IOPresse est une plateforme digitale pour les journalistes et les éditeur.ice.s de presse. Elle a pour objectif de permettre la mise en vente, l’achat et la commande d’articles de presse. Tiphaine en est l'une des fondatrices. Elle en anime aussi le blog.

 

Date de création : Le blog a été lancé début 2020 et la plateforme IOPresse au début de l’été 2020.

 

2/ A qui s’adresse-t’elle ? Quels en sont les utilisateurs ?

 

IOPresse s’adresse aux professionnels de la presse francophone : journalistes, rédacteur.ice.s professionnel.le.s, éditeur.ice.s de presse. Notre « slogan » – le frigo est plein – est un clin d’œil à l’univers des rédactions.

 

Afin de garantir un certain niveau de professionnalisme et de susciter la confiance des membres, nous validons les demandes d’inscription manuellement, après avoir vérifié que la personne est bien journaliste ou a bien déjà écrit pour des titres de presse. Idem pour les éditeurs.

A terme, quand la plateforme réunira plus d’utilisateur.ice.s, nous pensons passer à un système de cooptation. Ce point est important pour nous car nous souhaitons vraiment que les professionnels s’approprient l’outil et nous aident à poursuivre sa construction.

 

3/ Quels sont les points forts de l’offre IOPRESSE ?

 

Je pense qu’IOPresse est assez simple d’utilisation. Ce point a vraiment présidé à son développement. Nous voulons pousser encore dans cette direction pour que l’ensemble des formalités d’achat d’une pige se fasse depuis la plateforme (fiche de salaire, déclaration au organisme sociaux, etc.) et ce de manière automat

La plupart tire les tarifs vers le bas. Quand on est journaliste pigiste et que l’on est contraint de se diversifier sur nos tâches de rédaction pour assurer une partie de ses revenus, être confrontés à ces outils peut être une expérience frustrante, voire démoralisante.

Personnellement, et je ne pense pas être la seule, je trouve ça dingue de devoir négocier sur quelques centimes au mot, de devoir faire de la pédagogie pour dire que, non, je ne ferai pas d’article test gratuitement, etc. C’est une importante débauche d’énergie. Et on ne sent pas forcément respecté.

 

Créer IOPresse était donc aussi un moyen de contribuer à contrebalancer ce système qui, si l’on veut être efficaces et rentables, demandent à faire de l’abattage. Là, on souhaite dire aux utilisateurs : « Vous êtes dans un espace où votre travail a de la valeur, alors écrivez sur ce qui vous fait envie, prenez du plaisir ».

"IOPresse est une plateforme de vente, d’achat et de commande d’article de presse.

En quelque sorte, c’est une market place."

1/ Tiphaine, pouvez-vous, svp, en quelques mots nous dire ce qu’est votre plate-forme IOPRESSE et ce que l’on y trouve ?

 

En trois mots :
un frigo digital.

 

IOPresse est une plateforme de vente, d’achat et de commande d’article de presse.

En quelque sorte, c’est une market place.

 

Concrètement, un membre inscrit peut poster un article qu’il a écrit, ainsi qu’un pitch pour présenter son sujet.

A l’autre bout de la chaîne, un.e éditeur.ice de presse, qui recherche un papier à publier, peut lire plusieurs extraits aléatoires de cet article et contacter l’auteur.ice en vue d’un achat.

 

D’autres fonctionnalités seront développées par la suite, notamment en fonction des besoins exprimés. L’ambition est de devenir une place de l’éditeur de presse et du journaliste et d’être un outil collaboratif. Par exemple, en créant, à plus longue échéance, un fil de dépêches par et pour les membres.

4/ Quels sont les avantages obtenus par l’adhésion pour un auteur ?

 

Pour un auteur, l’avantage est double :

- Travailler pour le plaisir et avoir une possibilité de débouché supplémentaire : « J’ai envie de faire cet article, je le fais !  Si je ne le vends pas en amont, ce n’est pas grave car je peux le proposer sur IOPresse ».

 

- Trouver des synergies avec un reportage/article qui m’a déjà été commandé. Par exemple, j’ai une pige programmée à 80 km de chez moi. Si un autre sujet me paraît intéressant dans le même secteur géographique, je profite du déplacement pour le traiter… et je le mets en vente sur la plateforme.

 

Poster sur IOPresse n’a rien de contraignant pour l’auteur.ice, il peut continuer à essayer de vendre son papier par les moyens habituels. Simplement, avec IOPresse, il pourra toucher des titres auxquels il n’aurait pas forcément pensé. S’il le vend autrement, il n’a qu’à retirer sa publication.

 

Cela lui permet aussi de valoriser des idées de sujets dormantes, sur lesquelles l’auteur.ice ne compte pas forcément pour vivre. Plutôt que le sujet reste au fond d’un tiroir autant le mettre sur la plateforme et avoir une chance de le voir publier par un organe de presse.

 

De notre côté, nous communiquons sur la publication et sur le profil du ou de la journaliste sur nos réseaux sociaux (Linkedin, Facebook, Twitter). Dès que nous aurons un peu plus d’inscrits, nous créerons une newsletter avec les dernières publications.

 

Enfin, nous réfléchissons à un système de notifications en fonction des centres d’intérêt des éditeur.ice.s de presse pour promouvoir plus facilement les contenus nouvellement postés.

5/ Quels sont les avantages obtenus par l’adhésion pour un éditeur ?

 

Pour un éditeur.ice, l’avantage est d’avoir accès en permanence à un choix d’articles professionnels prêts à publier. Cela peut être utile si un de ses pigistes le.a lâche in extremis et qu’il.elle a, de ce fait, besoin d’un article de remplacement.

 

Outre le « frigo », l’éditeur.ice peut passer des commandes particulières qu’il.elle n’aurait pas les moyens de traiter en interne. C’est aussi une façon d’élargir son réseau de contributeurs, de découvrir de nouvelles plumes, de nouvelles approches.

 

Comme sur IOPresse les rôles ne sont pas figés, un éditeur aussi peut « recycler » des articles en les vendant et donc les valoriser financièrement.

Par exemple, un magazine spécialisé en horlogerie publie un reportage sur la fabrication de montres mécaniques. Ce même reportage peut intéresser (plusieurs mois plus tard) un magazine sur l’artisanat ou sur la mécanique en général. Ces deux magazines n’ont pas un lectorat en concurrence. Pourquoi ne pourraient-ils pas s’acheter réciproquement des articles ?

 

Cette monétisation d’un contenu déjà publié, selon des modalités à définir par les deux parties, peut également apparaître comme une bribe de solution à « l’emprunt » non consenti et non sourcé d’articles très pointus, fruit du travail de rédactions spécialisées, par d’autres médias. La pratique est de plus en plus courante, si bien qu’une charte de la traçabilité de l’information a récemment été publiée par l’Alliance de la presse d’information générale pour assainir ces pratiques.

6/ Comment s’opère la mise en relation entre les deux ?

 

Un sujet plaît à l’éditeur.ice ? Il.elle n’a qu’à cliquer sur « contacter l’auteur ». Cela envoie un mail au journaliste. Ils peuvent ensuite échanger et s’entendre… En attendant l’achat en ligne. Toutefois, cette étape suppose des contraintes, juridiques entre autres (droit d’auteur et propriété intellectuelle, respect du droit social, déclaration auprès des organismes), à prendre en considération. Notre développeur étant un ancien avocat, il a ces questions bien à l’esprit !

 

7/ Qui fixe les prix et comment ?

 

Le tarif est fixé par le.a journaliste lorsqu’il met en vente son article ou par l’éditeur quand il passe son annonce. Bien entendu, lorsque les parties intéressées discutent ensemble elle peuvent aborder cet aspect, si elles le souhaitent.

 

Dans notre FAQ nous fléchons vers certains sites qui répertorient les tarifs pratiqués par les journaux et dans notre onglet « barème », nous reportons les tarifs indiqués par les syndicats de journaliste.

 

Nous n’intervenons pas dans la fixation des prix, d’autant que pour l’instant le service est gratuit, mais fournissons de quoi aider un peu. Nous invitons également les titres français à respecter la loi et à payer les journalistes en salaire.

 

8/ Quel est le modus operandi pour un auteur qui veut mettre en avant ses écrits ?

Sur la plateforme, une fois inscrit, il ou elle n’a qu’à se rendre sur son tableau de bord, créer sa publication, y joindre son pitch et charger le PDF et la photo de l’article. L’article ne sera pas visible intégralement et les extraits sont réservés aux membres inscrits.

L’auteur.ice dispose de ce « matériel » comme il ou elle le souhaite : mettre un lien sur ses réseaux sociaux, l’envoyer à un rédacteur en chef, etc.

 

9/ Quelles sont les balises permettant à un éditeur de presse de trouver rapidement l’article recherché ?

 

Quand il.elle publie, l’auteur.ice renseigne un certain nombre de catégories thématiques et géographiques, ainsi qu’une description. L’outil de recherche prend en compte ces entrées lorsque les éditeur.ice.s de presse utilisent le service. Il est également possible de rechercher par auteur.

 

10/ Quels sont les retours utilisateurs les plus positifs ?

 

IOPresse est très récente, comment mentionné plus haut nous l’avons lancée cet été. Nous sommes en plein démarchage auprès des associations de journalistes, éditeur.ice.s de presse et autres partenaires potentiel.le.s.

Notre communauté n’est à ce jour pas significative, mais nous espérons bien que cela changera ! Nous sommes conscient que c’est un travail de longue haleine que d’installer un nouvel outil dans un environnement professionnel.

 

11/ Avez-vous des idées en cours de développement pour donner encore plus de force et de sens à votre communauté d’auteurs/éditeurs ?

 

Nous avons effectivement d’autres idées. Au-delà de ce que nous avons déjà mentionné, nous pensons enrichir la partie profil utilisateur.ice, mais aussi intégrer une fonctionnalité crowd-funding ou encore un protocole pour que les lanceu.r.se.s d’alerte puissent déposer sur la plateforme.

Dans une logique de co-construction, les choix seront discuté avec les utilisateur.ice.s.