F K N

 A Virginia !

gallery/microphone-2469295_1280

"Ne dis pas peu de choses en beaucoup de mots,

mais dis beaucoup de choses en peu de mots."

                                              Pythagore

gallery/visuelpodcast

 Hommage à Virginia Woolf,

Extrait du recueil " Bribes de mots" de  Stéphane Théri,  

podcasté par Félicité Ngjïol

A Virginia !

 

Je ne suis pas folle. Pourtant quelque chose en moi se détache du reste. Ils sont là à s’affairer autour de moi et je ne peux pas leur dire. A présent, je sais ce qui va se passer. Cela revient tous les jours.

 

La fenêtre du salon est légèrement entre-ouverte. Une brise matinale apporte un peu de fraicheur à la pièce. Elle donne également le la aux premières ondulations des rideaux et de mon esprit. Voilà, ça y est ! Je ne ressens plus la chaleur de la tasse de thé sur mes doigts.

Les cris des enfants deviennent de plus en plus sourds. Les silhouettes, doucement et progressivement se désintègrent. Cette sensation d’apesanteur me plait. Elle traverse mon corps à grands frissons et me transporte ailleurs. Je suis de nouveau libre. Depuis quelques temps déjà, je ne me sens libre que comme ça. La Terre me donne le tournis. Cet élan, au contraire m’apaise bien que je ne le maitrise pas. Je peux et je veux, avec lui, partir loin.

 

A vrai dire, chaque matin, je n’aspire plus qu’à cet instant, à ce moment où tout bascule.

Mon évasion est telle que je ne sens plus ni mes membres ni une quelconque partie de mon corps. Je ne suis plus qu’esprit et cela ma convient si bien. J’avoue que si je pouvais en avoir le contrôle, je ne reviendrais pas. C’est dur pour celles et ceux qui me témoignent un amour sincère. Cependant, mon retour est une vérité si forte, si criante mais surtout si désagréable que l’amertume qui s’en dégage me confirme chaque jour un peu plus que j’exècre la vie. Je n’y arrive plus. Je n’arrive plus à me satisfaire de respirer dans ce Monde qui semble corrompre cet abandon qui me procure tant de bien. Mon coeur bat avec le même rythme mais ce n’est pas le rythme voulu par mon âme. Son battement est devenu trop mécanique, trop précis donc trop contraignant pour que je puisse encore m’en satisfaire. Dans cette dimension invisible, je donne naissance à une deuxième Virginia. Cette Virginia là flotte, respire pleinement et s’évade seule. Cette solitude ne se traduit que par un souffle de légèreté si intense qu’après avoir oublié mon corps je ne veux plus le retrouver. Il est devenu ma prison. A de nouveau le retrouver, je suis enfermée, privée de ne rien peser d’autre que l’envie de disparaitre. Je vais partir, comment leur dire ? Comment lui dire sans qu’il tente de m’éviter ce qu’il croit être le pire et ce que je sais être une délivrance. Lâcheté ou courage se mêle jusqu’a quitter mon esprit. Ce n’est, ni l’un ni l’autre. Je n’aspire plus qu’à une priorité, devenir transparente dans cet enfer terrestre. J’ai suffisamment marché sur cette Terre pour ne vouloir à présent que voler et m’en échapper. Ma décision est prise, je vais me débarrasser de cette carcasse et la laisser mourir...

EXTRAIT : 

E C O U T E Z   !

gallery/mental-illness-4364348_640

Auteure & Artiste Indépendante

gallery/fngijol confinement
gallery/bribes-de-mots