Les Débuts d'un Grand Auteur 

Par Stéphane Théri

"On a tous quelque chose en nous de Tennessee
Cette volonté de prolonger la nuit
Ce désir fou de vivre une autre vie
Ce rêve en nous avec ses mots à lui"

                                    Michel Berger

Préambule !
TENNESSEE WILLIAMS

TENNESSEE WILLIAMS

C'est avec le cinéma et la projection en ciné-club du film "Un tramway nommé désir" d'Elia Kazan que j'ai découvert Tennessee Williams.

Sortie en 1951, cette adaptation cinématographique de la pièce du céllèbre dramaturge reste l'un des moments les plus marquants de ma vie de cinéphile. Viendront ensuite le film " La chatte sur un toit brûlant"de Richard Brooks (sorti en 1958) puis  "Soudain l'été dernier" de Joseph L. Mankiewicz (sorti en 1959).

A cette époque, je n'ai pas encore conscience de l'importance de l'écriture. J'avoue que je cours davantage après les stars hollywoodiennes et les grands réalisateurs américains qu'après les textes originaux.

Malgré tout, c'est trois adaptations des oeuvres théâtrales de T.Williams me procurent un réel plaisir de spectateur. Ce qui me surprend le plus à présent, c'est qu'aussi bien les textes orginaux que tout ces films sont sortis bien avant ma naissance. Voilà une évidence qui m'en projette une autre, la modernité des textes de celui qui fût  élu «meilleur dramaturge du XXe siècle» par le magazine Time. Son oeuvre et ses écrits sonnent comme des échos à la vie de nombre d'entre nous et c'est bien pour cela que ses pièces de théâtre sont toujours aussi jouées et adaptées un peu partout dans le Monde. En ce qui me concerne, je crois que Tennesse Williams, comme nombre d'entre-nous, a construit sa vie d'abord par le rejet et l'acceptation de ses différences et, c'est en homme tourmenté mais libre qu'il a imposé ses écrits. Partager ma passion me semble être une évidence. J'espère sincèrement que ce qui va suivre donnera envie au plus grand nombre de découvrir ou redécouvrir l'oeuvre d'un géant et son regard sur des tranches de vies que nous traversons tous, chacun à notre façon.

Un tramway nommé la vie !

 

Refus ou acceptation de ce que l'on pourrait-être ou ne pas être. Les personnages s'entrechoquent tantôt dans la brutalité de leurs différences, tantôt dans le dessein de leur choix de vie affiché, voulu ou contrarié, simple ou compliqué. La force de Tennessee Williams se trouve là, dans le chaos des

Un tramway nommé désir

âmes perdues, dans la violence du choix de l'un ou de l'autre de s'écarter de tout ce qui pouvait sembler raisonnable ou conforme à son éducation. le 1+1 affronte le 1 et 1 qui ne font que très rarement l'unité mais bien la dualité. 

 

Tennesse Williams étale ses démons familiaux sur la table. Au menu, la liberté, le libre arbitre individuel et sa confrontation avec les peurs de chacun, les doutes, les envies les plus inavouées et les plus inavouables. L'homme est abrupte , la vie tout autant. Ce tramway sème le désir de trouver la clé, sa clé à soi. Pour cela, il faut accepter de se débarrasser des préjugés et de la lourdeur souvent imposée par l'éducation parentale, l'environnement direct de l'adulte pas si endormi que ça dans sa peau d'enfant. Blanche se confronte à tout cela.

 

L'adaptation cinématographique et le choix des comédiens est l'une des plus belles réussites de cet oeuvre magistrale. Brando a juste besoin d'être là pour écraser une Vivien Leigh bipolaire, malade et, malgré elle,  soeur jumelle de Blanche.

 

Note : Tennessee Williams remporte 2 fois le prestigieux prix Pulitzer , 1948 pour "Un tramway nommé Désir" et 1955 pour "La Chatte sur un toit brûlant".

Thomas Lanier Williams III, dit Tennessee Williams est né le 26 mars 1911 à Columbus dans le Mississippi aux États-Unis. Il est mort le 25 février 1983 à New York.

 

 

Fortement influencé par William Faulkner et de D.H. Lawrence, il laisse une oeuvre théâtrale colossale avec pas moins de 19 pièces de théâtre, mais ausi des poésies, deux romans, un essai ( Le cri, 1972), une autobiographie  (Les mémoires d'un vieux crocodile, 1975). Il est également l'auteur de nombreuses nouvelles sur lesquelles nous allons nous attarder un peu parce qu'il signe avec elles, ses débuts.

«La vengeance de Nitocris»,Nouvelle 1928

 

C'est une histoire de vengeance grandiose accomplie à l'aide d'un plan élaboré par la reine Nitocris d'Égypte pour venger le meurtre de son frère, le pharaon. 

 

Cette nouvelle est capitale parce que l'on y trouve déjà l'essence même de ce qui hante et rend si forte l'écriture de Tenessee Williams.

 

L'histoire présente une forte protagoniste féminine, peut-être affectée par la folie et une relation frère-sœur est au cœur de son intrigue. Un lien psychique de réciprocité entre frère et sœur, dans la mesure où Nitocris exprime la conviction que "même lui doit avoir considéré sa vengeance comme adéquate", est un thème qui apparaît dans plusieurs œuvres ultérieures de l'auteur.

1928, une année charnière ! 

Tennessee Williams n'a que 17 ans. Pourtant, il reçoit le troisième prix pour un essai publié dans Small Set intitulé "Can a Good Wife Be a Good Sport". La même année, il part en Europe avec son grand-père maternel. Ce voyage représentera pour lui, une triple révélation :

  1. La révélation de son homosexualité lors d'une allusion d'un officier de bord sur le navire qui le conduit en Europe,
  2. La révélation intellectuelle lors d'une promenade sur un boulevard parisien,
  3. La révélation mystique dans la cathédrale de Cologne.

Il signe aussi la nouvelle : La vengeance de Nitocris. Pour l'anecdote, Tennessee Williams donnera l'indication qu'il a écrit cette nouvelle à 16 ans.

 

1936 à 1940, Tenessee Williams prend ses distances et christalise son écriture ! 

 

Il rompt avec sa famille lorsque Rose (sa soeur), schizophrène, est enfermée dans un sanatorium après les aveux d'attouchements sexuels et subit une lobotomie en 1943 qui la laisse très diminuée (il la prit en charge dès que ses moyens financiers furent suffisants). Il part pour La Nouvelle-Orléans, puis pour New York, où il exerce divers métiers, de barman à portier. La nuit, il commence à écrire des pièces en un acte. Lorsque les États-Unis entrent en guerre,  il est réformé à cause de son dossier psychiatrique, de son homosexualité et de son alcoolisme auxquels s'ajoutent ses troubles cardiaques et nerveux.

 

Il signe les pièces suivantes : Candles to the Sun,1936; L'homme à la peau de serpent (Fugitive Kind);  Spring Storm & Me Vaysha, 1937; Rien à voir avec les rossignols (Not About Nightingales) 1938, Batailles d'anges (Battle of Angels), 1940

Mais également la nouvelle : " The Field of Blue Children", 1939

1943 -1944, Liberté et succès !

 

En 1943, il se rend à Hollywood. Son agent littéraire, Audrey Wood lui a trouvé un engagement avec la célèbre majeure Metro-Goldwyn-Mayer pour faire l’adaptation cinématographique d’un roman à succès.

 

Cette tâche de réécriture n'emballe pas Tennessee Williams. Il décide d'écrire son propre scénario très largement autobiographique. La MGM refusera.

 

Il le tranforme en une pièce de théâtre, "La Ménagerie de verre"  dans laquelle il met en scène sa mère et sa sœur.

 

Montée à Chicago en 1944, puis à New York en 1945. Cette pièce rencontre un grand succès. 

Tennessee Williams a trente-quatre ans et devient une célébrité marquée par la récompense du New York Drama Critics' Circle Awards.

Tennessee Williams reste un auteur moderne tant ses écrits portent une intensité émotionnelle criante de vérité. Son oeuvre fait appel à la construction de chaque individu. Cette construction passe par l'enfance, la famille, la singularité, les différences, les conflits générationnels, le rejet, la découverte et les heurts de la vie. Homme ou femme, nous sommes tous emprunts de cette solitude, compagnon de l'ombre de toute une vie dont l'évidence ne se dévoile certaines fois qu'à l'automne de notre parcours sur Terre. Cette solitude se promène accompagnée des fantômes ou des oripeaux de l'enfance dont il est très difficile voir, pour certains d'entre nous, impossible à dégager ou dissocier. Le génie de Tennessee Williams se trouve là, dans cette faculté de crier des vérités qui sont autant de miroirs dans lequel chacun de nous peut puiser un reflet d'un instant de vie.

 

Je souhaite souligner que l'excercice que représente l'écriture d'une nouvelle pour un auteur en herbe est capitale et dessine souvent le spectre d'une oeuvre dans laquelle, les mots libérés, laisseront s'échapper un peu plus tard et pour les plus talentueux, un ou des chefs-d'oeuvre.

Des mots pour des maux...

Dans le prochain Numéro : John Fante