D'HIER & D'AUJOURD'HUI

gallery/des bouquets pour toutes occasions, le jardin de carole, 22 rue des pivoines, paris 3e

" La poésie ne doit pas périr. Car alors, où serait l'espoir du Monde ? "

 

Léopold Sédar Senghor

LA PARENTHESE POETIQUE

Un Plaisant

 

C’était l’explosion du nouvel an : chaos de boue et de neige, traversé de mille carrosses, étincelant de joujoux et de bonbons, grouillant de cupidités et de désespoirs, délire officiel d’une grande ville fait pour troubler le cerveau du solitaire le plus fort.


Au milieu de ce tohu-bohu et de ce vacarme, un âne trottait vivement, harcelé par un malotru armé d’un fouet.


Comme l’âne allait tourner l’angle d’un trottoir, un beau monsieur ganté, verni, cruellement cravaté et emprisonné dans des habits tout neufs, s’inclina cérémonieusement devant l’humble bête, et lui dit, en ôtant son chapeau : « Je vous la souhaite bonne et heureuse ! » puis se retourna vers je ne sais quels camarades avec un air de fatuité, comme pour les prier d’ajouter leur approbation à son contentement.
L’âne ne vit pas ce beau plaisant, et continua de courir avec zèle où l’appelait son devoir.
Pour moi, je fus pris subitement d’une incommensurable rage contre ce magnifique imbécile, qui me parut concentrer en lui tout l’esprit de la France.

 

Charles Baudelaire (Petits poèmes en prose)

Charles Baudelaire 

(1821-1867)

 

"Ne mépriser la sensibilité de personne. La sensibilité de chacun, c'est son génie."

 

Charles Baudelaire

Redécouvrez, à chaque numéro, les poètes d'hier et découvrez nos poètes contemporains...

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Les quatre saisons

 

Visage nocturne

 

Parmi la nuit blanche

si parfaitement ronde, 

l'oeil de chair dévoré

et dévorant l'éclat que

nul ne voit, je vais à

l'amour au tronc raide,

élevé ;  je vais remuer

la sève et l'écorce éclatante

comme on remue la terre.

Si à fleur de lèvres, je porte

encore un murmure d'âme,

peut-être que dans la piété

d'un vers, je demanderais pardon.

Ô tendre tempête !

 

Catherine Ferrari

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POESIE D'HIER

POESIE D'AUJOURD'HUI

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 Kaléidoscope
(2ème prix du concours de poésie

de la ville de Lyon 
section néo-classique. 2014)

La Camargue rêvait sous la canopée bleue,
gorgée mais libérée des sarcasmes du jour.
Tel deux moines penchés sur le regard de Dieu,
nous espérions la nuit pour écrire l'amour.

Le soleil écartant le rideau de pénombre
interprétait encore quelques motifs de feu.
Sous un poids de noirceur la lumière allait fondre,
fragile combustible avalé par les cieux.

J'ai regardé ta main calleuse dans la mienne,
le ballet des chevaux apprivoisait le soir.
Et sous la cathédrale de tes cheveux d'ébène,
j'ai moissonné nos rêves et j'ai sculpté l'espoir.

Lovés dans leur douceur, les flamants reposaient,
réservant leurs sourires aux clins d'oeil de la mer ;
Petites grappes roses reliées à la terre, 
accrochant malgré elles quelques rayons fanés. 
 

.../...

 

Les étangs ont pâli et l'onde a soupiré.
Le grand manteau de jais s'est posé sur les prés, 
courtisant les lucioles, trébuchant sur les rires
des crinières de lin que le vent faisait bruire.

J'ai cousu mon regard à ta clarté marine, 
amenant son éclat à irradier l'espace ; 
Et dans l'herbe moussue, dans la brise mutine, 
nous avons essaimé notre chanson fugace. 

 

 

Déborah Blanc

Les quatre saisons

 

17 juillet 2017

 

Etrangère cherchant la parole perdue

Fouillant le sang des nuits dans l'auge humide

Elle prie un dieu de feu rivé au pont dansant des navires

Elle prie le pas qui porte les fleurs immortelles

Et les vieilles façades se teintent de rose chaque soir

Comme des promesses d'où les mots convulsent

Et crient tout le long de ma chair

...

 

 

gallery/livres

 

Et de tout petits oiseaux ivres descendent boire

L'échine du soleil dans les fleurs des lauriers

Et les fruits luisent dans le déclin pour le vin de demain

Elle s'en va, la mer, pour des courses lointaines

Sous la voûte percée d'étoiles

Planter ses ongles dans le silence de la nuit

Toute nuit est silence, errance – érotique ou non –

 

Mes vers murissent sous mon oreiller

J'ai le cri animal et la fièvre bleue

Mais je divague, voilà trois jours déjà que je cherche

La meute, ma sœur, ma rivale, mon âme

Le feu ou l'eau ? Et tout autour : l'éclat !

 

gallery/livresvolant