Leïla Aoujdad

Auteure et Réalisatrice

I N T E R V I E W

1/ Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore, qui êtes-vous Leila ?

 

Je suis une femme franco-maghrébine de 44 ans, maman de jumelles de 10ans et je co-réalise mon premier film documentaire avec Nabil Senhaji. J’ai passé une grand partie de ma vie professionnelle à l’étranger, où j’ai réalisé des publi-reportages et je travaille actuellement sur un projet de film documentaire qui s’intitule « Franco-maghrébines, portraits d’une nation française ». Ma vie à l’étranger m’a fait prendre conscience que nous sommes riches de nos diversités.

 

2/ Nous avons découvert sur Linkedin votre vidéo de remerciements adressée à vos donateurs et donatrices pour le documentaire : «Franco-Magrhébines, portrait d’une nation française.» Pouvez-vous, svp,  nous parler de la génèse de ce projet , de son titre et le résumer en quelques mots.

 

Après un parcours professionnel dans les médias où j’ai eu l’occasion d’interviewer des centaines de décideurs économiques et politiques à travers le monde, j’ai pris conscience que certains médias occidentaux présentaient une image de plus en plus délétère de la population musulmane.

Etant moi-même française, de culture musulmane et maghrébine, je me suis inquiétée de voir une partie de mon identité « instrumentalisée » par certains médias pour « faire du buzz ».

J’ai donc décidé d’aller à la rencontre de femmes qui comme moi valorisent leur double culture, se sentant pleinement française sans renier leur culture maghrébine. « Franco-maghrébines, portraits d’une nation française » est un film documentaire qui suivra le quotidien de femmes franco-maghrébines dont les profils nous permettent de mieux cerner la question de l’identité dans toute sa complexité.

J’ai donc commencé à écrire les thématiques que je souhaitais aborder à travers différents témoignages et rapidement, j’ai eu la chance de rencontrer un grand auteur/réalisateur, Claude-Pierre Chavanon, (décédé cet automne) qui a confirmé que le sujet était non seulement pertinent mais le timing était bon : Le projet était lancé.

 

3/ Quelles étaient vos intentions originelles majeures lorsque vous avez démarré ?

 

J’aimerais proposer un changement de regard sur la population de culture musulmane à travers le prisme des femmes franco-maghrébines. Mon intention est de défendre l’idée que la diversité est une richesse car elle nous permet de nous interroger sur qui nous sommes et nous donne la chance de grandir en fraternité/humanité. Au fil de mes rencontres, je me suis aperçue que les femmes avaient plus que jamais besoin de dire leur « vérité », les valeurs qu’elles défendent, les combats qu’elles mènent au quotidien pour rendre cette société plus juste, loin de ce que les médias représentent de la population musulmane.

 

4/ A quel public s’adresse ce documentaire et pourquoi ?

 

Bien entendu, le film traite d'un sujet de société fondamental donc de fait, il s'adresse au grand public. Mais plus encore, j'aimerais que le film et les portraits qui le composent puissent faire l'objet d'ateliers de réflexion, de débats autour de sujets qui nous concernent tous : le vivre-ensemble, la transmission, l'émancipation, l'identité, etc.

Je serai ravie que le film soit aussi projeté au cinéma (avis aux producteurs 😊)

 

5/ Derrière les images de ce documentaire se cachent évidemment des mots mais également des maux, lesquels ?

 

Je pense que le plus grand mal est celui de la peur de l’autre. Elle est malheureusement nourrie au quotidien par certains médias et politiques qui ont en ont fait une affaire très lucrative mais dangereuse.

La peur nait de l’ignorance que nous avons les uns des autres. C’est pour cette raison, qu’il me semble légitime d’essayer de comprendre l’Autre dans son contexte, d’être proche de sa réalité pour faire disparaître cette peur et aider à renouer les liens de notre humanité. Je pense que le film a la force que les mots n’ont pas toujours car il touche notre sensibilité visuelle, auditive et empirique.

 

6/ Que représentent les mots dans cette aventure, pour vous en votre qualité de réalisatrice (l’écriture) mais aussi, pour celles et ceux qui ont contribué à ce beau projet (l’expression orale ?)

 

Les mots qu’il soient écrits ou prononcés sont, à mon sens, toujours les enfants de ceux qui les portent. Il aident à mettre à jour une réalité très intime et permettent de créer la proximité avec ceux qui les lisent / les écoutent. L’écriture du synopsis a été un élément qui m’a permis « d’accoucher » du film, de mieux structurer ma pensée et de projeter le film « en vrai ». Mais l’écriture est aussi un exercice collectif car on se fait toujours relire, préciser ce qu’on veut vraiment dire. Pour cela, j’ai eu la chance d’être accompagnée en relecture par Claude Pierre Chavanon, à qui je veux rendre hommage ( il nous a quitté en octobre dernier) et par la merveilleuse Marie Brun dont la plume est magique, presque autant que la personne.

 

7/ Le fait de vouloir donner la paroles aux femmes franco-Magrhébines a-t’il représenté une forme de difficulté ou de défi et pour quelles raisons ?

 

Être une femme est un défi que seule une femme peut relever !

En effet, c’est un vrai un défi de faire parler les femmes car elles ont tendance à s’auto-censurer. Ce qu’on peut tout à fait comprendre car il est difficile pour une femme de trouver sa place dans une société qui reste fondamentalement patriarcale.

Par ailleurs, la femme franco-maghrébine présente un double enjeu pour moi : valoriser la diversité de son origine et affirmer son rôle essentiel dans la société française.

 

8/ Les préjugés sur la population franco-Magrhébine, le syndrome de la banlieue et de l’islam ont-ils généré des freins au montage financier ?

 

Nous en sommes au début de notre levée de fonds. Avec une campagne de financement participatif réussie malgré le contexte COVID 19, les nombreux messages de soutiens que nous avons reçus pendant cette campagne, et les premiers retours des sponsors, j’aime à penser que nous arriverons à collecter les fonds nécessaires à un long métrage.

 

9/ Quelles ont été les difficultés majeures de cette aventure humaine et cinématographique ?

 

Lorsque j’ai terminé l’écriture, j’ai contacté quelques sociétés de productions qui étaient intéressées par mon synopsis et qui m’ont rapidement proposé un contrat. Malheureusement à chaque fois, je n'avais pas la garantie de pouvoir réaliser le film comme je l'entendais. J’ai donc refusé les deux contrats car je ne voulais pas céder le volet réalisation à une personne que je ne connaissais pas et trahir la confiance des femmes qui voulaient témoigner dans mon film.

 

C’est pour cette raison que j’ai décidé de produire le teaser et le court-métrage afin de trouver d’autres sources de financement pour reprendre le tournage. J’ai aussi lancé une campagne de financement participatif sur Ulule que nous avons réussi à atteindre et qui a permis de sensibiliser l’attention du public et continuer le casting. (https://fr.ulule.com/franco-maghrebines-portraits-dune-nation-francaise/)

 

10/ Pour toutes ces femmes, la langue française a-t’elle représenté une difficulté à un moment ou à un autre ?

 

Toutes les femmes parlent parfaitement le français dans ce film.

 

11/ Quelles sont vos attentes à présent ?

 

Très concrètement, j’aimerais obtenir suffisamment de fonds pour reprendre le tournage avec ma formidable équipe dès septembre.

 

12/ Qui, à partir de quand et par quels supports de promotion et de diffusion va pouvoir découvrir et visionner ce documentaire ?

 

C’est difficile de dire quand surtout dans ce contexte si extra-ordinaire mais j’aimerais que le film touche le « grand » public (TV, plateformes web, etc.) et surtout qu’il « vive » en dehors de la télévision, qu’il devienne un outil de référence pédagogique qui aide à déconstruire les clichés et à renforcer notre cohésion nationale.

 

13/ Envisagez-vous l’écriture d’une version livresque de ce travail ?

 

Non, je ne l’envisage pas à ce stade même s’il y aurait de belles histoires à raconter.

 

14/ Avez-vous déjà une suite ou un autre projet en cours ? Si oui, pouvez-nous nous en dire quelques mots.

 

Ce film est un projet qui s’inscrit dans une volonté globale de sensibiliser le public sur les questions de diversité. J’ai bien d’autres idées de film mais finissons déjà celui-là.

Biographie 

Durant plus de sept années, Leila a travaillé pour de nombreuses sociétés de médias, ainsi qu’à la promotion des investissements dans les économies émergentes.
Elle a également beaucoup voyagé en Afrique et dans le monde musulman (Koweït, Qatar, Bahreïn, Libye, Soudan, Maroc, Mauritanie...) où elle a rencontré et interviewé des décideurs politiques, notamment des femmes.

En 2005, elle a donné une interview pour la télévision nationale au Koweït, puis en 2014, elle estintervenue en tant que conférencière à l'Institut du Monde Arabe
pour présenter les opportunités d'investissement au Maroc.

Plus récemment, Leila a donné une interview à Quyen Tu, aux États-Unis,pour Women Lead Radio lors de l'émission de radio Connected Womenof In uence et a également été lamodératrice d'un débat sur l'Islam et la laïcité en France, avec le célèbre physicien et islamologue, Ghaleb Bencheikh.

Enfin, Leila s’est engagée auprès de l’association Les Entretiens de l’Excellence, dont elle a organisé le forum annuel, afin de permettre à plus de 300 jeunes Lyonnais de la Quatrième à la Terminale d’aller à la rencontre de professionnels des diversités culturelles, territoriales et sociales.

Fière de son identité multiple, née en France et ayant vécu quinze ans dans une vingtaine de pays différents, Leila s'est toujours intéressée à mettre en lumière la diversité culturelle comme source d'inspiration et de richesse et à combattre l'ignorance et l'intolérance dans ses différentes activités dans la communication. 

 

Aujourd’hui, en tant que réalisatrice, Leila se consacre pleinement à son projet de film documentaire :  Franco-Maghrébines, portraits d’une nation française.

Au-delà de ce premier film, Leila souhaite pouvoir susciter d'autres productions dynamiques et engageantes en interviewant des femmes dans d'autres parties du Monde, tout en continuant de véhiculer leur dimension combative, engagée et positive, source d'inspiration
pour toutes et tous. Ces productions cinématographiques seront selon Leila,« un moyen de parvenir à une compréhension plus étroite et plus intime de l'humain au-delà de nos préjugés. »

"J’aimerais proposer un changement de regard sur la population de culture musulmane à travers le prisme des femmes franco-maghrébines."

Etant moi-même française, de culture musulmane et maghrébine, je me suis inquiétée de voir une partie de mon identité « instrumentalisée » par certains médias pour « faire du buzz ».

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Khadidja & Assia

Lors du tournage pour le portrait de Malika, nous rencontrons Khadijah et Assia, ses filles. Nous découvrons, à travers leurs témoignages, leurs passions respectives : la boxe et l’art, et comment leur mère leur a transmis les valeurs d’excellence et de liberté.

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Avocate spécialisée en droit des dommages corporels (accidents,  agressions, attentats,…), Lynda accorde une grande valeur aux études et au travail.