ENTRE MOTS & cOUPS DE CRAYON 

interview de Marianne Faure-Desforges

Artiste peintre, illustratrice

Biographie 

 

Née à Lyon, formée à l’école des Beaux Arts de Versailles puis à l’AFEDAP en Décors Peints, Marianne Faure-Desforges exerce en tant que peintre et illustratrice depuis une quizaine d’années.

 

Elle expose son travail personnel deux à trois fois par an, crée des décors et illustre des livres pour adultes et enfants.

 

Elle donne également des cours particuliers d’aquarelle et de peinture et anime occasionnellement des stages.

INTERVIEW

 

 

1/ Qui êtes-vous Marianne, avant tout autre chose ?

 

Je ne sais pas, je me sens multiple. Je suis quelqu’un qui doute et qui cherche.

 

2/ Qu’est-ce qui déclenche votre envie de peindre ou de dessiner, votre humeur, une observation, un évènement, une envie de crier, l’envie de passer un message, la nécessité de créer une image sur une pensée, autre chose ?

 

J’ai, vraiment, besoin de peindre ou dessiner chaque jour. Et curieusement, mon humeur ne se retranscrit pas forcément dans ce qui apparaît : il m’est arrivé de créer des images très sombres en des jours de joies ou l’inverse. C’est que, je crois, la création puise à un endroit bien plus profond que l’humeur consciente. Cependant, au long court, les thèmes qui se sont imposés à moi sont de plus en plus clairs : la planète, l’écologie, le climat, la biodiversité, la place de l’homme dans la nature, la protection dans le vivant. J’aspire à faire ma modeste part d’artiste, dans ce combat pour la vie, car c’en est un.

3/ A quel moment de votre vie l’illustration et la peinture sont devenues des évidences dans votre chemin de vie et pour quelles raisons ?

 

Aujourd’hui je me rends compte qu’enfant, les artistes, les dessinateurs ou les illustrateurs me faisaient rêver, sans que j’imagine une seconde que cela m’était accessible. Je me disais : comme c’est merveilleux, il y a des gens dont c’est la vie, le métier, de produire ces images sublimes, de vivre dans ces couleurs... Il n’y avait pas d’artistes dans ma famille, je ne m’autorisais même pas à l’imaginer pour moi. Plus tard, une fois que j’ai fini les études “sérieuses” dans lesquelles je ne me sentais pas vraiment à ma place, je me suis autorisée un écart en étudiant à l’Ecole des Beaux Arts de Versailles. Mais je ne me croyais pas capable de vivre de mon art, et j’ai attendu encore 15 années, en travaillant dans le secteur de la publicité, avant de décider enfin de faire ce que je voulais vraiment, en 2005. J’ai opté pour une formation en Peinture Décorative et je me suis lancée à mon compte. Je n’ai jamais regretté. J’ai eu le sentiment extraordinaire de me glisser sur mes rails, d’avoir enfin le vent dans le dos et non plus contre moi. J’ai encore évolué ensuite vers l’illustration, qui prend une place prépondérante dans mon activité. Mais que ce soient les expositions personnelles, la création de fresques murales, de motifs ou l’illustration, tout ceci constitue pour moi un grand bonheur : vivre ma passion, tenir un pinceau, un crayon ou tout autre outil me permettant de créer chaque jour. Je me sens en cela extrêmement privilégiée. J’en suis heureuse et reconnaissante.

4/ Certains thèmes comme la nature vous sont chers, quel rôle  prêtez-vous à vos créations, une mise en évidence, une invitation à réfléchir, une porte ouverte pour l’échange, l’envie de partager  ?

 

Certaines de mes oeuvres illustrent mon propre besoin de plonger mon âme dans la nature. J’ai des moments de panique, face à la situation de notre planète, et peindre inlassablement la nature me calme. C’est très égoïste. Mais d’autres oeuvres ont vocation à dire quelque chose, faire passer un message, alerter. Je ne suis pas certaine que ce soit utile, mais je sais que c’est ce que je peux faire.

 

5/ Qu’est-ce qui porte votre choix vers l’encre, le feutre, le crayon ou la peinture ?

 

C’est souvent le sujet lui-même. J’ai aussi mes périodes. L’aquarelle depuis quelques temps s’est imposée comme mon bonbon préféré.

 

6/ Pouvez-vous, svp, nous raconter l’acrylique et huile sur toile intitulée « Je reste».

 

C’est une toile qui raconte un crépuscule. Une végétation auparavant luxuriante persiste encore un peu, mais des végétaux calcinés cernent le tableau. Un flamant rose regarde deux autres oiseaux en vol, ils sont noirs dans le ciel rougoyant. Pour moi ils représentent ceux qui partent et regardent ailleurs, c’est une fuite mortifère. Celui qui reste est à la fois grave et lumineux. Il choisit de défendre ce qui est là, ce qui peut l’être. Comprenne qui voudra, c’est l’histoire que je me raconte dans ce tableau, mais je suis certaine qu’il peut être lu de bien d’autres manières, et c’est ce qui fait que l’art est si intéressant. La rencontre entre ce qui est dans le coeur de l’artiste et le regard de ceux qui vont projeter dans l’oeuvre leur propre lecture est très stimulante. Parfois, les gens voient des choses que vous aviez mises dans votre tableau sans le savoir. Le malgré soi est le miracle de la création, bien qu’on soit en permanence entre contrôle et lâcher prise.

 

7/ Des mots, des vers ou des phrases courtes accompagnent certaines de vos créations. Quels sont dans ces cas précis, la fonction de chacun ?

 

Parfois il s’agit d’orienter la lecture du tableau. Mais je ne veux pas enfermer justement. Donc je m’amuse souvent, et j’essaye d’orienter et de perdre tout à la fois, comme un jeu, sans prendre les titres trop au sérieux. Je pense souvent à Magritte qui réunissait ses amis pour nommer ses tableaux. J’imagine des soirées joyeuses et fantaisistes, cela devait être très amusant. C’est sans doute une bonne solution !

 

8/ Vous dites, je vous cite : «Mes thèmes de prédilection sont la nature, les herbes folles, les insectes, les oiseaux et autres animaux, dont parfois même les humains. » Pourquoi «Parfois même les humains » ?

 

C’est une façon de dire que nous devrions, à mon humble avis, nous remettre DANS la nature, et non pas au dessus. Etre dedans, en faire partie, c’est accepter de ne pas s’en croire les maîtres. C’est apprendre, ré-apprendre à la respecter, ce que nous sommes fort loin de faire. Dans cette phrase, je nous mets en dernier, après les herbes, après les insectes, après les oiseaux, après les animaux. Nous ne sommes pas les rois de cette planète, ou alors nous en sommes les rois des cons. Il est difficile de s’aimer quand on comprend les dégâts que l’on fait sur notre environnement. Je trouve un peu d’espoir dans l’extraordinaire capacité de résilience de la nature et dans une jeunesse, qui je l’espère, saura faire mieux que les générations précédentes. Il y a aussi une prise de conscience générale qui progresse, mais l’inertie est considérable.

 

9/ Quelle place occupent l’illustration et la peinture dans votre quotidien ? Quelle place occupent-elles dans votre relation aux autres ?

 

Trouver l’équilibre entre le temps de création et le temps avec les autres, avec sa famille, avec ses amis, est un défi permanent ! Je jongle, comme presque tout le monde, et j’ai la grande chance d’être soutenue par mes proches.

 

10/ Vous partagez des vidéos sur les réseaux, quels retours en attendez-vous ? Sont-ils en accord avec vos attentes ?

 

L’idée, qui m’a été soufflée par une bienveillante fée des réseaux qui se reconnaîtra, était de créer un rendez-vous. Je n’en attends rien de vraiment précis, mais le défi de tenir ce rendez-vous chaque semaine m’amuse et cela crée une connivence avec certains qui est très agréable. J’ai toujours beaucoup aimé moi-même regarder ces vidéos où l’on se trouve comme perché sur l’épaule d’un peintre, habituellement solitaire. Cela me fait réellement plaisir de partager quelques moments dans mon atelier. La fonction accélération des vidéos permet de montrer un process long en quelques secondes, cela donne une impression de dextérité qui soyons honnête, est fausse !

 

11/ Laquelle de ces phrases vous semble le mieux correspondre à ce que vous pensez  et pourquoi ?

 

«Le talent, ça n’existe pas. le talent c’est simplement l’envie de faire quelque chose.» Jacques Brel

«Le talent, c’est une question d’amour.» Romy Schneider

«La chance d’avoir du talent ne suffit pas; il faut encore le talent d’avoir de la chance.» Hector Berlioz

 

La phrase de Brel, sans hésitation. Le talent, je le crois, c’est vraiment l’envie. C’est une aspiration qui fait que vous voulez vous y frotter, encore et encore, peu importe le résultat.

 

12/ Exposer, c’est s’exposer ?

 

Oui, bien sûr, mais c’est aussi et surtout rencontrer. C’est indispensable. Une oeuvre n’existe pas seule avec son créateur. Elle doit aller vers les autres. C’est sa raison d’être.

 

13/ Quelle est la création dont vous êtes la plus fière ? Pour quelles raisons ?

 

Ce serait presque toujours la dernière… La création est un chemin. Je ne crois pas qu’un jour je me dirai : “je suis fière ce cette oeuvre”. Je me dis parfois : “je suis heureuse, parce qu’avec ce dessin, ce tableau, je sens que j’ai avancé”. Ce dont je suis fière, mais aussi reconnaissante, c’est de m’être autorisée à pratiquer mon art.

 

14/ Qu’est-ce qui change avec le temps, votre maitrise, votre curiosité, votre appétit, vos prises de risques, autres ? Justifiez, svp, votre réponse.

 

Les premières années de pratique artistique sont comme une recherche à tout va. On apprend, on observe, on est comme une éponge. Mais peu à peu, du moins c’est ainsi que je l’ai vécu, on trouve une direction, une façon de dire qui devient plus personnelle. Alors seulement commence la création.

 

15/ Vous est-il facile de mettre des mots sur vos créations ? Vous est-il facile de créer sur les mots des autres ?

 

Il ne m’est pas facile de mettre des mots sur mes créations, non, bien que j’en ai l’envie. Ecrire est encore un autre monde artistique. Créer sur les mots des autres en revanche est un exercice que j’aime énormément. Cela m’ouvre des portes, cela m’oblige à aller sur des territoires inconnus, non explorés, c’est toujours très intéressant. Là encore, je le vis comme une rencontre. Le texte m’enrichit et j’espère par mes images lui apporter quelque chose aussi.