INTERVIEW 
Biographie :

 

Professeur en collège depuis plus de vingt ans, Déborah a choisi ce métier par vocation, pour transmettre le savoir mais aussi pour le rapport humain. Elle vit dans le sud-ouest avec sa fille et ses trois chats. C'est une lectrice vorace qui aime écrire par-dessus tout.  Déborah s’intéresse à tout ce qui touche à l’art. Elle est musicienne, aime dessiner, parfois peindre et se revendique photographe amateur. Depuis toute petite, elle est fascinée par le pouvoir des mots, sans savoir où ils vont l’emmener. Frappée par un cancer qui l’a laissée avec un handicap physique., elle a vu sa vie et sa vision de l’existence profondément transformées (dans le bon sens du terme).

 

 

Bibliograhie :

 

« Tessons de vie », recueil de poésie dont le poème « Kaléidoscope » a été primé en 2014 lors du concours de la ville de Lyon.

 

« La révélation du Tsunami », roman autobiographique.

« Le monde selon Tam-Tam » roman

 

Un recueil de nouvelles « Les contes de l’étrange » est en préparation ainsi qu’un roman régional dont la  présentation sera faite prochainement sur la plateforme pasvupaslu.

 

Et bien d’autres projets en attente…

 

Déborah Blanc

Auteure 

1/ Déborah, vous présentez actuellement sur la plateforme www.pasvupaslu.com et sur les réseaux sociaux «Le monde selonTam-Tam», votre dernier ouvrage. Qu’est-ce qui se cache derrière ce titre ? Dans quel genre littéraire classez-vous «Le Monde selon Tam-Tam ? »

 

Tam-Tam est une idéaliste qui a beaucoup de mal à regarder les choses telles qu’elles sont.  Elle préfère les peindre avec ses couleurs. Mais elle va être forcée d’affronter la réalité. J’ai voulu mettre en lumière des vérités en utilisant le prisme d’un animal, en lui donnant la parole. Cela crée une mise en abîme plus intéressante. En ce sens, Le monde selon Tam-Tam est un conte philosophique mais c’est également un roman à part entière avec une trame narrative, des aventures et de l’humour.

2/ Qui est Tam-Tam ?

 

Tam-Tam est une jeune chatte des rues qui a appris à se débrouiller seule et pense contrôler totalement sa vie et son environnement. Elle est pleine d’assurance, très futée et farouchement attachée à son indépendance.

 

3/ Avez-vous donné votre langue au chat ?

 

Bien évidemment. Tam-Tam porte mes valeurs, mes combats et est en partie mon porte-parole mais je lui ai laissé aussi une certaine latitude et tout ce qu’elle dit ou fait n’est pas systématiquement lié à mes idées.

 

4/ À qui s’adresse cet ouvrage, jeunes, moins jeunes ?

 

C’est un roman qui peut toucher un large public et qui se lit à des niveaux différents. Ma fille de 13 ans l’a adoré à cause de l’histoire insolite de cette chatte, de son humour décapant et de son espièglerie sans s’attacher aux réflexions beaucoup plus profondes et au message métaphysique que Tam-Tam cherche à livrer. Ce degré de lecture s’adresse aux adultes.

5/ Qu’est-ce que la beauté, le bonheur et la misère dans la bouche de Tam-Tam ?

 

Au début de sa vie, Tam-Tam est très attachée aux apparences et se trouve bien plus belle que les autres. Mais sa vision égocentrique de la beauté change et elle comprend que seule celle du cœur perdure. Pour elle, le bonheur est intimement lié à l’amour. Sa quête du bonheur se fond dans celle de son âme sœur. Mais le bonheur c’est aussi savoir habiller de couleurs le malheur. Tam-Tam est une éternelle optimiste en ce sens. Quant à la misère, pour elle, c’est toujours l’œuvre des humains. Tam-Tam dénonce sans détours la dureté de notre monde.

 

6/ Raminagrobis a fait de Tam-Tam un distributeur. Qu’est-ce qui découle de cet évènement de vie en terme de découvertes ?

 

Tam-Tam découvre l’absurdité d’un système qui arrache systématiquement aux chattes leurs petits. Égoïste, son cœur s’ouvre soudain sur la force de l’amour maternel mais cet amour lui est enlevé.

 

7/ Est-il possible de ronronner lorsque l’on a perdu ses petits ? Que voulez-vous mettre en avant ? Tam-Tam ne serait-elle pas un miroir à double fond avec en second reflet, un objecteur de conscience ?

 

Un chat ronronne pour de multiples raisons et en particulier pour se rassurer, pour palier un manque. Tam-Tam est d’une nature à rebondir malgré l’adversité. Elle ne se laisse pas écraser par la fatalité et bien entendu elle a ce rôle d’objecteur de conscience. Ses moments d’introspection servent toujours à révéler une vérité.

 

8/ «J’étais un chaton alors. Je ne savais rien de la dureté du monde. Mon univers c’était juste ses yeux et nos jeux. » Que pouvons-nous trouver dans les yeux de Fanny et le jeu ? Qu’est-ce que la dureté du Monde ? Qu’est-ce que l’on peut trouver dans les yeux d’une autre personne ?

 

Fanny est une enfant qui n’a pas été contaminée par la laideur du monde des adultes. Elle est le symbole de l’innocence, de l’instant présent et de la spontanéité. Son monde est fait de jeux avec son chat. Et les jeux de regards avec ce chat sont un sanctuaire loin des soucis des adultes. La dureté du monde c’est l’entrée dans l’âge adulte, quand on comprend qu’il va falloir naviguer entre mensonges, manipulation, conflits. Pour un chat c’est l’indifférence et la violence de certains humains, c’est la condition animale. Fanny et son chat sont le symbole de la connivence que l’on peut trouver dans le regard de l’autre mais aussi la lumière et le soutien qui souvent font défaut dans notre société actuelle.

 

9/ Tam-Tam ne comprend pas les standards de beauté des humains. Avez-vous une idée de la vérité sur ce qu’est la véritable beauté ?

 

La beauté est un concept très flou et subjectif. Pour moi, la véritable beauté est celle de l’âme et du cœur, celle des actes gratuits et des moments de grâce.

 

10/ Être une conteuse d’histoires comme Tam-Tam, c’est inventer une histoire, maquiller une histoire vraie ou un mélange savant des deux ?

 

Un mélange savant des deux. Tam-Tam a l’art de magnifier un événement banal ou douloureux en conte merveilleux. Elle sait jouer avec le verbe.

 

11/ « L’héroïsme est contagieux. L’espérance aussi.» Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur ce qui semble être une magnifique promesse ?

 

Dans son parcours, Tam-Tam va croiser des êtres avec des chemins de vie difficiles et en tirer des leçons de résilience et d’espoir. Un acte héroïque peut devenir un modèle à suivre qui peut inspirer tout un chacun. L’espérance est comme un feu. Une fois allumée dans le cœur, elle peut se propager et gagner le cœur de ceux qui nous entourent. Ce n’est qu’une question de motivation et de conviction et Tam-Tam veut insuffler cela dans le cœur de ses compagnons d’infortune.

 

12/ Que peut dire une chatte qu’une femme ne saurait dire ? Pourquoi avoir choisi un chat plutôt qu’un chien ou encore n’importe quel autre animal ?

 

Mon amour des chats est à l’origine de ce roman. Il y a 3 chats à la maison, tous rescapés d’un refuge. Ce sont des animaux extraordinaires, intuitifs, sensibles, au caractère unique. Bénévole à la SPA auprès de chats abandonnés ou trouvés errants, j’ai puisé dans le vaste vivier des histoires que j’ai vues dans ces refuges pour créer cet ouvrage. Le personnage de Tam-Tam est très inspiré d’une de mes chattes. Voilà pourquoi j’ai choisi un chat et pas un autre animal pour écrire ce roman. Ce n’est pas un roman sur les humains mais un ouvrage sur la condition animale, la place de l’animal dans le monde des hommes et la relation entre les deux espèces. Ce que nous montre Tam-Tam sur nous-mêmes aurait nettement moins de poids si cela venait d’une femme.

 

13/ « Sans curiosité, on meurt », sacrée formule ! Pouvez-vous, svp, nous mettre un peu plus sur la voie de cette réflexion ?

 

Ceux qui ne manifestent aucune curiosité restent prisonniers de leur petit univers et s’étiolent peu à peu. Cette phrase est extraite d’un des contes que Tam-Tam nous livre. Elle met l’accent sur le fait que dans la vie, il faut s’ouvrir à ce qui nous entoure, garder intense l’envie d’apprendre de nouvelles choses parce que parfois, la curiosité peut nous amener sur des chemins salvateurs et même changer notre destin.  Avoir peur et se détourner de la vie c’est mourir intérieurement.

 

14/ Est-il possible de vivre sa vie comme on l’avait imaginée enfant ou plus jeune ? Justifiez, svp, votre réponse.

 

C’est une question très difficile. Pour y arriver, il faudrait une connaissance intime de soi-même, de la détermination et une certaine philosophie qui passe par le lâcher prise, la paix intérieure et la capacité à garder intacte son âme d’enfant. Dans les faits, les embûches et épreuves que la vie met sur notre chemin font que bien souvent, nos vies d’adultes n’ont rien à voir avec ce que nous avions imaginé plus jeune. Je crois que la perte de l’innocence y est pour beaucoup. Quand on est jeune, on est plein de rêves et d’illusions que l’on perd en route parce que la vie nous change et nous abîme.

 

15/ Une vie de chat peut-elle être plus riche et plus forte qu’une vie d’humain ? Justifiez, svp, votre réponse.

 

Je ne dirais pas plus riche et plus forte mais aussi riche et aussi forte, certainement. Un chat vit dans l’instant présent. Il n’est pas prisonnier du temps psychologique. En cela il vit pleinement et intensément sans se soucier du lendemain. Il n’est pas la proie des soucis ou des tourments de la pensée. Sa conscience se limite à ici et maintenant. Ses sens sont beaucoup plus aiguisés et lui donnent accès à des univers que nous ne connaitrons jamais.

 

16/ Que pèse la parole au regard d’un geste, d’un acte ? Rend-elle l’humain meilleur que l’animal et sa vie plus riche que celle d’un animal ?

 

La parole permet aux hommes d’échanger, de philosopher, de comprendre, de protester, de changer les choses. Les mots permettent de lire, de s’instruire, de s’évader, de créer, de dénoncer et c’est un merveilleux privilège et une richesse que seuls les hommes possèdent. Mais c’est à double tranchant car la parole engendre aussi le mensonge, la manipulation, la haine. La parole élève mais avilit et blesse aussi. Elle peut détruire des vies. Sans les actes, elle n’a aucune valeur. Aussi je ne pense pas qu’elle rende nos vies meilleures que celles des animaux.

Le genre humain a la prétention de se croire supérieur au reste du règne animal (dont nous faisons partie) et à cause de cette fausse vérité, les hommes ont assujetti, exploité et maltraité les animaux depuis des siècles. Un animal est un être sentient qui ressent tout autant que nous la souffrance

physique et psychologique avec des émotions comme la peur, la joie ou la tristesse. La parole nous donne-t-elle le droit de tout nous permettre et de considérer le reste du monde vivant comme accessoire ? Déontologiquement, la vie de l’homo sapiens est considérée comme bien plus précieuse que celle des autres espèces (et quels que soient les actes d’un humain). Personnellement je ne suis pas d’accord. Toute vie est précieuse. C’est une question d’éthique. C’est aussi ce que j’ai voulu transmettre en donnant la parole à Tam-Tam. La bienveillance, la compassion et le respect passent avant tout par les actes et le monde animal nous a fourni de nombreux exemples d’entraide et de charité.