Ancelin Piery

Auteur

Profession : Ecrivain

I N T E R V I E W

 

1/ Ancelin, à quelle date a commencé votre parcours d’auteur, pour quelles raisons et comment ?

 

Ce que j’appelle mon chemin d’écriture a commencé entre l’automne 1993 et l’été 1994. Cette origine est liée à ma formation initiale de sociologue achevée par un diplôme de littérature comparée et au regard que je portais au début des années 90 sur l’action humanitaire. Cette question a fait naître en moi l’envie ou le besoin d’écrire un roman qui traiterait de ce thème et qui serait situé en Afrique. A cette époque donc, j’ai décidé, parce que je ne connaissais pas ce continent, de trouver un moyen d’y partir pour avoir la matière de l’écriture d’une histoire qui mettrait en scène un personnage masculin, coincé dans une aventure humanitaire, qui aurait une correspondance avec une jeune femme qu’il aurait laissée en France.

 

2/ Pour celles et ceux qui ne vous connaissent pas encore et qui ne vous ont pas encore lu, quel auteur êtes-vous et dans quel genre ou quels genres de littérature s’inscrit votre travail d’auteur ?

 

Je suis un auteur qui aime avant tout la langue française et je tiens à ce qu’elle soit travaillée. On a pu me dire, parfois, que j’écrivais peut-être trop bien pour le marché actuel ! J’ai parmi mes influences littéraires des écrivains du passé, notamment Jean Giono, et je me suis aussi beaucoup plongé dans les romans de Dostoïevski, de Faulkner, les nouvelles de Jorge Luis Borges ou de Kawabata, pour ne citer que ceux-là.

 

3/ Pouvez-vous nous parler de la suite Redemptio dont vous êtes l’auteur ?

 

Parler aujourd’hui de REDEMPTIO en mai 2020, c’est parler d’une aventure littéraire qui est en cours, à un moment charnière, puisque je suis actuellement dans l’écriture de ce que j’appelle dans cette suite romanesque le volume 5, qui est dans mon esprit la clef de voute de l’ensemble. Cette aventure a sa source en 2010, plus précisément en octobre, à la fin de l’écriture conjointe des deux romans « Un sentiment étrange, me dit-elle », et « Un camion sur le Lualaba » sur lesquels je travaillais depuis 1996. Il m’est soudain apparu nécessaire de poursuivre. J’ai alors très vite posé les thèmes centraux des volumes qui suivraient et j’en ai peu à peu construit les trames, et pour me donner une forme de cadre, j’ai décidé à ce moment-là d’écrire trois séquences de trois romans, soit neuf au total. J’essaie de m’y tenir !

 

4/ Quel est le lien entre « Un camion sur le Lualaba» et  «Un sentiment étrange, me dit-elle.» ?

 

Bien qu’ayant débuté avec cette idée de roman unique qui mêlerait deux situations, c’est-à-dire la correspondance avec une jeune femme et le regard porté sur l’Afrique, j’ai finalement choisi de découper cette histoire en deux, qui sont indépendantes, donc, mais qui résonnent fortement ensemble. D’un côté une histoire africaine et humanitaire seule, avec le « Camion sur le Lualaba » et de l’autre côté, un roman qui évoque la rencontre avec la jeune femme dont il est question, intitulé « Un sentiment étrange, me dit-elle ». Le lien entre les deux existe parce que le projet de départ voulait une seule histoire, mais le chemin de vie que j’ai pris à cette époque a peu à peu dessiné la nécessité d’une dissociation.

 

5/ Pourquoi avez-vous engagé cette fresque humaine sur une période qui part de l’année 1895 et pour nous mener jusqu’à aujourd’hui ? Quelles sont vos intentions majeures ?

 

C’est en fait très simple. Je ne dévoilerai rien de particulier en disant que la deuxième partie du « Sentiment étrange, me dit-elle » me permet de resituer le personnage masculin principal, qui est aussi le narrateur, dans son rapport à ses origines. Moi-même, en 2010, à ce moment de l’écriture, j’étais personnellement préoccupé par la question de mes racines familiales et tout naturellement, poursuivant des travaux de généalogie que j’avais déjà entrepris par le passé, j’ai découvert des pistes de développement. Ramené ainsi de génération en génération, j’ai pu imaginer cette grande fresque, qui démarre chronologiquement à la fin du 19ème siècle. C’est donc la rencontre presque fortuite entre un projet de roman et une démarche personnelle sur la question des racines qui m’a amené à imaginer tout cela. Quant à mon intention majeure, elle est peut-être finalement d’interroger chacun sur ce qu’il est aujourd’hui, sur ce « d’où on vient », et même s’il n’est pas nécessaire de toujours revenir à l’origine, à la source, ce « d’où on vient » sur lequel on peut se retourner permet aussi de décider où l’on va.

 

6/ Votre suite romanesque est-elle une invitation au voyage, à l’introspection, à l’amour ou aux trois ?

 

Quoi qu’il arrive, cette suite est bien une invitation au voyage, car il peut être aussi bien temporel que géographique. Le voyage est une redécouverte de soi-même dans un cadre différent, et de ce fait, cela devient aussi une invitation à l’introspection à travers la question de l’origine et de l’idée qu’on se fait de soi. Je crois d’ailleurs que j’amène tous mes personnages à se poser la question de ce qu’ils sont eux-mêmes. Plutôt qu’à l’amour, je dirais que Redemptio est une invitation à la rencontre de l’autre.

 

7/ Dans «Un sentiment étrange, me dit-elle» vous nous transportez jusqu’à Khartoum et les bords du Nil pour nous parler d’amour. Quelle place et quel rôle donnez-vous à l’amour dans votre suite romanesque et, dans cet ouvrage en particulier ?

 

Dans le Sentiment étrange, j’ai en effet choisi de questionner l’amour avec trois visages de femme qui gravitent autour d’Adrien, le personnage central, et qui me permettent d’illustrer la rencontre amoureuse impossible, éventuelle, ou vécue, qui sont peut-être trois possibilités différentes de croire ou non à l’amour. Et dans la suite romanesque dans son ensemble, je crois qu’il y a et qu’il y aura souvent un personnage de femme et un personnage d’homme qui me conduiront à interroger la relation amoureuse.

 

8/ Quel lien faites-vous entre lecture et écriture ?  Quel lien faites-vous entre vécu et imaginaire ?

 

L’écriture est pour moi une volonté ancienne qui a déjà plus de 40 ans ! Il m’a fallu la nourrir au gré des rencontres littéraires que j’ai faites, assez nombreuses. Par la suite, j’ai évité de lire trop…pour écrire plus ! Quant à la relation entre vécu et imaginaire, je ne cacherai pas que mes deux premiers romans sont très proches de l’autofiction. Aujourd’hui c’est plus le vécu des autres qui m’intéresse, et à travers l’idée que je m’en fais, grâce au petit bout de réalité que je connais, je tire des ficelles, je joue au marionnettiste, au metteur en scène, à l’auteur de théâtre, bref au romancier ! Je manipule mes personnages jusqu’au moment où ils m’échappent, où ils prennent la main sur ce que je crois et prennent leurs décisions seuls !

 

9/ De quoi nourrissez-vous votre imaginaire, voyages, lectures, cinéma, rencontres, autres ?

 

De tout ! Méfiez-vous de moi quand vous me rencontrez ! Je peux vous voler un tic parce qu’il me plaît, un geste, un vêtement, une phrase, une anecdote, un son de voix ! De l’environnement, des voyages car ce sont des lieux dans lesquels on peut mettre des histoires. Il suffit de se poser la question « Pourquoi suis-je venu ? ». Les lectures, quand elles sont historiques, journalistiques. Je nourris principalement mon imaginaire de réalité ! A partir de ce qui est vrai, je complète, donc j’invente.

 

10/  Quel regard posez-vous sur l’objet livre dans cette époque du tout numérique et dans laquelle le virtuel l’emporte souvent sur le tactile ?

 

C’est une bonne question pour un auteur qui cherche à être édité, être visible, exister ! Comment exister dans un monde virtuel autrement qu’en se montrant sur le net ? Comment exister à travers le livre ? L’auteur existe quand il parvient à convaincre un éditeur qu’il est possible de gagner de l’argent avec ce qu’il fait. C’est un monde en mutation et la question historique de l’objet livre mérite d’être posée, d’autant plus à une époque où les techniques de fabrication facilitent sa production. Je dirais aussi qu’entre un auteur et un lecteur, la relation peut se faire par le livre, mais qu’elle se fait avant tout par le moment où l’on tombe sur les mots qui ont été écrits, quel que soit le support. La question du livre tel qu’il existe est plus pour moi la question de la relation entre l’éditeur, plus que l’auteur, et le lecteur, entre un catalogue, une confiance en ce qui existe chez un éditeur, et cette relation ne suit pas forcément la même ligne, le même tracé que celle existant entre un auteur et un lecteur.

 

11/ "Je caresserai ton cou", c’est le titre du prochain volet de votre suite romanesque. Sa sortie est prévue pour septembre 2020. Pouvez-vous, svp,  nous dire quelques mots sur ce qui se cache derrière un titre empreint de beaucoup de tendresse et posé à la première personne ?

 

Chacun de mes romans a une toile de fond, historique, et chacun de mes romans peut aussi avoir un thème central, un fil rouge, parfois une question artistique, comme l’écriture dans le « Sentiment étrange », la musique dans la « Pensée pour Mstislav », ou bien le théâtre dans celui dont je viens de terminer le premier jet, intitulé « La malle de Victorine ». Dans « Je caresserai ton cou », j’ai eu le désir de parler aussi de la valse musette, que j’adore ! Alors forcément, dans une danse de couple, il peut arriver qu’une main caresse un cou ! Je n’en dirai pas plus, car j’en dévoilerais beaucoup trop !

 

12/ Après ce titre, vous annoncez déjà un nouvel opus avec une date de sortie en 2021. Comment arrivez-vous, quand d’autres bloquent sur le développement d’un seul ouvrage, à planifier aussi bien votre plume dans le temps ? Jusqu’où allez-vous nous emmener ?

 

Comme je le disais, je travaille très en amont de l’écriture les trames, les structures, les lignes-force de mes romans. Ceci me permet de m’installer avec une sorte de sérénité devant la page blanche. C’est aussi très en lien avec la question de la généalogie, des origines, qui m’ont amené à faire vivre, réinventer un grand nombre de personnages romanesques, et finalement, à la manière d’Emile Zola dans les Rougon-Macquart, qui a beaucoup illustré la troisième république à travers les figures de ces deux familles, je me suis rendu compte que j’avais sous la main une belle galerie de portraits, d’événements, d’histoires possibles, sur cinq générations, ce qui permet de parcourir le vingtième-siècle en conservant une forme de résonance des romans entre eux, même si, je le précise, chaque roman a sa propre unité, son indépendance. De fait, cette suite n’est pas organisée de façon ordonnée et obligatoire. Chaque livre est comme un chemin qui entre dans une forêt. On choisit celui qu’on veut et l’on part à la découverte, à l’aventure. Jusqu’où vous emmener ? A l’épilogue ! Car j’ai déjà l’idée de ce que serait le dernier roman de Redemptio ! Celui qui me permettra peut-être de m’inventer alors une autre histoire, à vivre, et non plus à écrire !

 

Biographie :

 

Ancelin Piéry, né à Grenoble en 1961, vit en Isère. Porté par de fortes valeurs humanistes dont ses romans sont l’écho, il a pendant de nombreuses années œuvré auprès de personnes en situation de précarité avant de se consacrer pleinement à l’écriture.

 

Bibliographie :

Chez Encre Rouge : « Un camion sur le Lualaba » et « Un sentiment étrange, me dit-elle » - Mai 2019

En auto-édition : « Les corbeaux chantent aussi – Vol.1 Reste avec moi », « Deux fruits tombés d’un arbre » et « Une pensée pour Mstislav » - Mai 2020

 

Actualités littéraires :

Ecriture du roman « Le tumulte des torrents », dont le premier volume est en phase de pré-correction. A ce stade, ce « Tumulte » aura la forme d’une tétralogie !

 

REDEMPTIO

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